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Petit déjeuner de Mayotte Hebdo

II° partie : "Petit déjeuner de Mayotte Hebdo n°421 du 27/03/09 entre
Mahamoud Azihazy (MA) et Rivomalala Rakotondravelo (RR)
SYNTHESE PAR THEME

La consultation référendaire
RR: "Le problème à Mayotte, c'est que dès qu'on se pose des questions sur ce sujet de statut, on est taxé d'être anti-Mahorais, indépendantiste, etc…. c'est un combat de plusieurs décennies…on ne peut pas dire que finalement nous n'en voulons pas. En parallèle il faut voir ce qu'y gagnent les Mahorais concrètement et à ce niveau là il y a confusion… tous les requins et les piranhas sont pour le oui, ça me fait peur, comment peut-on être tous d'accord ?"
MA: "..le département doit exister, il faut solder 50 ans d'histoire….il faut qu'on arrive à ce statut de département, ça mettra les gens devant leurs responsabilités et la France devra tirer les leçons de plus de 50 ans d'erreurs…Je pense à ces élus qui parlent du combat des Mahorais pour rester dans la France, je pense qu'on peut parler aussi du combat de la France pour rester à Mayotte….Si la France n'avait pas voulu de nous, les Mahorais auraient toujours pu se battre.."
Mayotte française
RR: " ce qui se joue à Mayotte c'est le colonialisme… tous les français sont convaincus que la France, c'est l'hexagone et qu'au delà ce sont des gens qui veulent profiter. D'ailleurs on voit bien que ces gens qui ne sont pas des français de souche et qui vivent en métropole ont des problèmes d'intégration et qu'on considère qu'ils devraient rentrer chez eux… "
MA: " ici les gens se plaisent à dire que Mayotte n'a rien à voir avec les Comores, moi je reste persuadé qu'il y a un peuple qui est le peuple comorien. On ne peut pas changer ça…on a tendance à dire que l'histoire de la région a commencé en 1841 or elle a commencé des siècles avant…ce n'est pas parce que la France a pris d'abord Mayotte que c'est un peuple à part…Il y a un problème dans l'idée qu'on parle d'un peuple pour Mayotte et pas pour les Corses…(si c'était vrai ils seraient) un peuple au sein du peuple français …Jusqu'en 1976, on se sentait colonisé par la France et en même temps par les Comores…un colonisateur très puissant et un autre qui est notre frère mais nous domine trop…. Ici nous avons mené en permanence une politique de Mayotte contre les Comores…on veut être français pour ne pas être Comorien"
La problématique du développement
RR: "Aujourd'hui on a un vrai problème identitaire. A coté de cela il y a un problème de développement économique et social… en se comparant à nos voisins, oui, il y a eu un développement. Mais quand on regarde bien, ce n'est que du paraître qu'on a fait à Mayotte…quand je vois les intellectuels comoriens, quand je vois ceux de Madagascar, leurs syndicats, leurs artistes, je me demande avec tous les moyens que nous avons à Mayotte comment se fait-il qu'on n'atteigne pas ce niveau…"
MA: "Des gens ont dit avant : il faut d'abord se développer pour être département, finalement d'autres ont dit on nous a leurré, il faut d'abord être département pour se développer…nous nous sommes trompés une fois en 1976 en pensant que ce sont les Comoriens qui nous empêchaient de nous développer et au bout de 32 ans on s'est rendu compte que ce n'est pas à cause d'eux qu'on n'a pas pu avancer mais plutôt parce que nous n'étions pas département…je n'aime pas voir des gens qui sont censés être intelligents comparer le développement de Mayotte avec le développement des Comores. Prenez l'île Maurice, si elle avait subi autant de coups d'état que les Comores, pensez-vous qu'elle serait à ce niveau ? …"
Les obstacles au développement
RR: "on a des vrais intellectuels qui n'osent pas faire part de leurs analyses alors que ce sont des analyses très justes ….il va falloir sortir de ce que j'appelle la colonisation mentale….pourquoi n'enseigne-t-on pas le shimaore alors que partout ailleurs ils enseignent les langues locales ou régionales…l'éducation ce n'est pas parler français, c'est apprendre qui on est et à partir de ce moment là apprendre à réfléchir…on disait la jeunesse, la jeunesse, mais elle est arrivée puis on a repris les vieux renards qui ont même certaines casseroles derrière eux"
MA: "il y a beaucoup de gens qui sont lucides ici mais les prises de parole publiques ne sont pas les mêmes que dans les discussions privées….il n'y a pas eu ce développement humain, pas de développement économique…il y a eu un aspect positif le développement social….A Mayotte, la structure de l'emploi est faite de telle façon que chaque personne a peur de quelqu'un qui est plus puissant que lui….on est dans une société d'assistanat où on a toujours cette idée que c'est celui qui donne l'argent qui doit décider…quand vous cherchez les acteurs qui doivent prendre des décisions, vous leur courrez après…ce coté patient, on se le donne pour ne pas répondre à l'urgence …nous prenons le temps, …nous ne bousculons pas les choses assez vite…quand je vois des gens boucher les trous sur une route, je sais qu'il y aura exactement le même trou au même endroit à la prochaine pluie. On va reboucher 6 mois après et ainsi de suite…cela durera 50 ans et nous ne dirons rien…"
Que faire ?
RR: "il faut que tout ce qui compte de dirigeants ou responsables politiques, administratifs ou syndicaux se prennent une claque magistrale …
MA: " le développement ce sont des gens qui ont une technique, un projet et un financement…on doit s'attaquer au chantier des infrastructures….A défaut d'une université de l'océan indien, il faudrait avoir une université de l'archipel des Comores…"
Cette escapade, quoique limitée, dans la presse maoraise témoigne s'il en était besoin de l'unité profonde de nos 4 îles. Partout les mêmes craintes, les mêmes espoirs, des difficultés tellement similaires. Alors j'ai envie de reprendre l'image de MA "chaque fois nous nous inspirons du passé, nous regardons dans le rétroviseur et nos références sont dans le passé. " il n'y a pas de peuple maorais, il n'y a qu'un peuple comorien et personne "ne peut changer ça". Pourquoi ne serait-il pas possible de dépassionner le débat, d'échanger en mettant en avant le développement de l'Archipel des Comores avec pour perspectives les retrouvailles des frères et sœurs que les vicissitudes de l'Histoire ont séparé. Avec pertinence RR et MA ont étendu leurs réflexions sur le développement à toute la Région indo-océanique. Mais cela peut-il être envisageable avec un archipel balkanisé ? Il y a là un chantier passionnant et fructueux qui mériterait de la part de la France, une stratégie nouvelle, volontariste et généreuse, dans ses relations avec les Iles de l'Océan Indien.
Idriss (16/04/09)

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