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Interview accordé à la Gazette des Comores

Q : quelle est votre réaction après le discours du Pdt Sambi au 15ème sommet de l'Union Africaine à Kampala où il a appelé tous les membres de cette organisation panafricaine à soutenir les Comores dans son combat pour le parachèvement de sa décolonisation ?

R- Je ne peux que me réjouir de voir le Pdt de la République aborder avec force la question de l'île comorienne de Mayotte, d'autant qu'il cerne bien les vrais enjeux. Tant qu'une solution ne sera pas trouvée, le pays ne connaîtra pas la paix, sera la proie des interférences des différents services français et ne pourra pas s'attaquer sérieusement à son développement. C'est cela que devrait mesurer chaque Comorien. Maintenant la question est de savoir si on restera encore au niveau du discours seulement ou si cela sera suivi dans la pratique.

Q: le Pdt a réitéré sa proposition d' "UN ETAT DEUX ADMINISTRATIONS". Est-ce que vous jugez que cette proposition a des chances d'aboutir ?

R: Une précision d'abord car certains cherchent à dévoyer la proposition pertinente du Président. Deux administrations signifient, une administration indépendante des 3 îles et une administration conjointe, comoro- française de Maore. Cela doit bien être mis en relief car si on laisse Mayotte sous la seule administration française, non seulement rien n'aura changé par rapport à ce qui se passe aujourd'hui mais ce qui changera ce sera notre validation d'un état de fait nuisible et en même temps on ne préparera pas l'union. La proposition de Sambi vise une solution progressive pour combler peu à peu les fossés arbitrairement creusés et en même temps permettre à chaque partie de sortir la tête haute d'un conflit qui dure. Malheureusement cette main tendue n'est pas saisie, le monde voit bien qui est extrémiste en la matière, qui ferme toutes les portes et s'oppose à toute forme de négociation et qui fait preuve de bonne volonté, jusqu'à concéder une partie de la souveraineté du pays.

Q: Selon vous, comment le pays doit se préparer à aborder la prochaine session de l'AG de l'ONU ?

R: question pertinente car jusqu'ici, les proclamations ne sont jamais suivies d'une diplomatie conséquente en premier lieu à l'ONU alors qu'une condamnation de la France pèserait lourd et c'est pourquoi, à chaque veille de l'AG de l'ONU, la France avance une "trouvaille" pour nous berner et éviter que la question de l'île comorienne de Mayotte soit posée. Imaginez que l'on nous parle encore du GTHN, une insulte à notre pays et à notre Gouvernement après la "consultation-referendum" et surtout le dernier discours, un discours arrogant et inacceptable, de Sarkosy à Mayotte. Il faut que cette fois ci la question de l'île comorienne de Mayotte soit non seulement inscrite à l'OJ de l'ONU mais qu'elle soit aussi débattue. Cela dépend principalement de notre diplomatie. L'expérience de l'année dernière en témoigne éloquemment. C'est cela qui témoignera de la sincérité du Pdt et de son gouvernement

Q: Une femme maoraise s'est auto proclamée Gouverneure de Mayotte. Qu'en pensez-vous ?

R: Initiative saluée par tous ceux et celles qui sont révoltées par la balkanisation de notre pays. Elle témoigne que la propagande française selon laquelle c'est la population unanime de Maore qui veut rester française est fausse. En réalité c'est la "démocratie française" à Mayotte qui ne permet pas l'expression de position contraire, on y a même vu une sénatrice française, une élue, empêcher de s'exprimer, agressée parce qu'elle s'opposait à la départementalisation. S'agissant de Madame Fatima, nous lui souhaitons bon vent, seront à ses cotés si son entreprise en vaut la peine.

Q: Suivant les dernières dispositions constitutionnelles il va y avoir un VP par île. Pensez-vous qu'il doit y avoir un quatrième pour Mayotte ?

R: Bien sûr. C'était déjà scandaleux par rapport à notre combat national mais aussi anti constitutionnelle puisque notre Constitution stipule que Mayotte fait partie de l'Union. A ce titre elle est concernée par la tournante et la VP depuis 2002. Nous voyons là l'incohérence, l'absence d'esprit de suite, la forme de capitulation de nos gouvernants sur la question. Il faut que la Cour Constitutionnelle et le Parlement qui est en session, interviennent vigoureusement pour remettre les pendules à l'heure. Une des conditions de recevabilité de chaque candidature à la Présidence de l'Union doit être la présence dans l'équipe d'un maorais dès l'élection de 2010.

Propos recueilli par Faissoili Abdou et Fatouma Hamada le 27/07/2010

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