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Question de Mayotte : quelle diplomatie ?

Dans Albalad n°742 du 20 avril 2012, l’ambassadeur Ahamada Hamadi s’est posé en donneur de leçons, fustigeant des « vocations diplomatiques, (des) talents visionnaires (et des) procès staliniens contre le MIREX ». Pour lui « la diplomatie ne se fait pas dans la rue. Elle est un art, une science, …. ». Le peuple n’a donc pas son mot à dire. Il doit attendre patiemment que les « spécialistes », ceux qui ont le « savoir et savoir faire ». Le peuple n’a même pas le droit d’être éclairé sur la diplomatie mise en œuvre par les « spécialistes » puisque nulle part dans son long article, il ne traite des questions concrètes de l’heure, en particulier la politique française visant à transformer l’île comorienne en Région Ultra Périphérique (RUP) de l’Union Européenne.

En réalité notre ambassadeur milite pour une « gestion de la question de Mayotte » dont l’objectif est d’avoir avec la « France des relations apaisées, maîtrisées, suivies et régulières ». Et il recourt à toute une batterie d’arguments :
• Tout « durcissement, haussement de ton » des Comores envers la France n’est qu’une « provocation inutile de plus, un coup d’épée dans l’eau, une atteinte aux intérêts comoriens ». La France est tellement forte par rapport à nous ! En somme plions l’échine, si la France nous frappe sur une joue tendons l’autre, mais il ne faut surtout pas nous plaindre ni protester, c’est ainsi que nous pouvons espérer !
• « Mayotte refuserait sûrement de s’inviter dans un État comorien chaotique, poussif, désordonné et cleptomane ». (incroyable !?). Donc développons les Comores avant de croire à un retour de Mayotte dans le giron national. Une opinion mise en avant par la France pour nous couper l’herbe sous les pieds, d’autant que cette France porte une lourde responsabilité dans la situation de l’État comorien présenté ci-dessus par Ahamada Hamadi.
• Enfin il y a les intérêts des Comoriens, la « diaspora en France », « la vie de ces Comoriens des autres îles qui vivent à Mayotte » et enfin les « relations monétaires entre nos deux pays ». La France a souvent utilisé ces arguties comme chantage. Exclure les Comores de la zone euro sème la terreur au sommet de l’État.

« L’intérêt est le principal référent de l’action internationale », la question est de savoir quels sont les intérêts portés par notre ambassadeur ? Il me revient à l’esprit son texte publié dans le journal « La Tribune des Comores »pour défendre un ambassadeur de France qui avait offensé la nation avec des propos indélicats prononcés à la Télévision nationale des Comores. Alors que l’indignation comorienne était générale, Ahamada Hamadi, s’est écrié, avec son style bien à lui, « vous n’êtes pas seul Monsieur l’ambassadeur ». La cohérence des positions est limpide.

En tout cas ce ne sont pas des vérités générales, des sortes de lapalissades tronquées érigées en principes, qui empêcheront le peuple comorien de s’exprimer sur la question de Mayotte, de formuler des positions, de manifester dans les rues si le besoin se fait sentir, de faire pression sur les gouvernements comorien et français.

Ce n’est pas parce que notre pays est petit et faible qu’il n’a pas d’atouts dans ses mains, en particulier une action diplomatique vigoureuse qui met la France le dos au mur dans les instances internationales. Les « spécialistes » usent et abusent d’un écran de fumée : les intérêts des pays qui limitent leur solidarité. Ils cachent leur démission car les pays ne peuvent pas se solidariser avec nous si nos positions sont ambigües voire flirtent avec la démission !

N’en déplaise au diplomate Ahamada Hamadi, la diplomatie n’est pas que secrète. Elle est aussi pressions diverses : déclarations publiques, résolutions de l’ONU, menaces contre les intérêts des uns et des autres, invasions militaires, etc. Sous la houlette d’Ahamada Hamadi et consorts, le MIREX s’est laissé emprisonner et ne dit plus rien !

Notre ambassadeur semble croire que Mayotte appartient aux seuls maorais. Que non ! c’est une terre comorienne et tout Comorien y a en principe autant de droit qu’un autre, y compris dans la solution à la balkanisation.

L’expérience de notre pays a bien montré que la France nous offre des relations d’amitié d’un coté et de l’autre poursuit son processus d’annexion de Mayotte. L’intelligence de la complexité des liens entre les Comores et la France impose à l’État comorien d’être capable de répondre du tac au tac à la diplomatie française, aux provocations françaises (comme lorsque la France a « puni » les Comores en privant à tout Comorien du droit de voyager dans l’espace Schengen). Encore faut-il avoir une vision et se convaincre que « la force du droit finit toujours par vaincre le droit du plus fort »
Idriss (21/avril/2012)

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