Accéder au contenu principal

ADRESSE PUBLIQUE AU PRESIDENT DE L’UNION DES COMORES

"Nous publions intégralement le document du Comité Maore"

Excellence, Monsieur le Président

Nous nous excusons de devoir nous adresser à vous publiquement. Nos demandes d’audience sont jusqu’ici restées lettres mortes. Rien ne nous assure que nos lettres vous parviennent. Nous n’avons donc pas le choix.

Excellence, Monsieur le Président

Nous avons salué votre condamnation « avec la plus grande fermeté la décision prise par l'Union Européenne d'accorder à l'Ile comorienne de Mayotte le statut de Région Ultra Périphérique » dans votre discours devant le dernier sommet de l’Union Africaine.

Dans ce même discours vous avez avancé une thèse à laquelle nous adhérons pleinement à savoir « tous ces efforts (de notre pays pour son développement) et tous les sacrifices que nous sommes en train de faire ne seront pas viables sans la restauration de l'intégrité territoriale de mon pays, avec le retour de Mayotte dans son giron naturel. »

La question qui tracasse tous les Comoriens attachés à l’unité du pays concerne les stratégies mises en œuvre car les déclarations non suivies d’effet ont été nombreuses.

La rupéïsation de Mayotte était annoncée depuis longtemps par la France et personne ne connaît le combat mené par le pays pour faire échec à cette orientation anti comorienne de la politique française. A-t-on interpellé les députés du parlement européen ? S’est –on adressé aux pays européens qui ont toujours montré une certaine sensibilité à l’unité de l’Archipel ? A-t-on saisi le Comité des Sept pour engager dans ce cadre des initiatives, en particulier envers l’ONU ? Il n’est en tout cas pas trop tard puisque Mayotte ne deviendra une RUP que le 1er janvier 2014.

Excellence, Monsieur le Président

Permettez-nous d’attirer votre attention sur deux handicaps majeurs qui freinent notre combat national sur la question de l’île comorienne de Mayotte.

Premièrement on ne peut pas ne pas observer une certaine cacophonie au sommet de l’Etat. Pendant que vous dénonciez la rupéïsation de Mayotte à Addis-Abeba, votre Ministre de l’Intérieur, chargé de l’intérim du Ministre des Relations Extérieures, chantait l’amitié entre les Comores et la France ; cette France qui venait de commettre un acte grave contre notre pays, recevait dans la résidence de son représentant aux Comores des hauts dirigeants du pays pour célébrer sa fête nationale.

Pire encore, la veille un kwassa-kwassa avait chaviré, entrainant la mort d’une dizaine de Comoriens innocents dont 4 enfants et 3 femmes et votre Ministre n’a même pas eu un mot de compassion envers les victimes et leurs familles ; votre Ministre semble avoir oublié que le visa Balladur en est la cause profonde, que ce visa a entraîné la mort et la disparition de plus de 1% de la population comorienne.

Deuxièmement on ne peut pas ne pas être interloqué par l’attitude du Ministère des Relations Extérieures. Le MIREX impose un black-out complet sur la question de l’île comorienne de Mayotte. Des nouveaux théoriciens y dissertent sur la diplomatie qui ne serait selon eux que sécrète, ils usent et abusent de lapalissades suivant lesquelles « la diplomatie ne se fait pas dans la rue ». A les suivre votre dénonciation publique de la décision de l’Union Européenne serait « anti diplomatique ».

Votre MIREX justifie son renoncement avec un autre argument de poids : la question de l’île comorienne de Mayotte relèverait du domaine réservé du Chef de l’Etat. Le MIREX s’est donc soustrait à son obligation d’inclure dans son programme l’étude de ce dossier essentiel pour notre pays afin de vous soumettre des propositions.

Résultat personne ne pourrait faire part d’une initiative quelconque du MIREX depuis la prise de fonction de votre Ministre des Relations Extérieures. On ferme les yeux sur la politique anti comorienne de la France, on zappe les morts du visa Balladur. On ne cherche même pas à tenir la comptabilité macabre des victimes du visa Balladur.

Dans de telles circonstances, la France et le Monde ne peuvent pas prendre au sérieux notre revendication de l’île comorienne de Mayotte. Certains de nos amis se demandent même si nous savons ce que nous voulons en la matière. Le plus grand nombre considèrent que les prises de position dans les instances internationales sans débat ni résolution ne sont que des manœuvres politiciennes à usage interne.

Excellence, Monsieur le Président

Vous avez certainement pris connaissance du rapport de mission du Sénat français qui a repris les arguments du pays sur le visa Balladur et qui en demande la suppression.

Quoiqu’implicitement, la France reconnaît la responsabilité du Visa Balladur dans la disparition de plus de 10 000 de nos compatriotes. Il s’agit là d’un événement important qui doit retenir l’attention du pays. Il prouve si besoin était qu’il faudrait que nous fassions valoir plus fort nos arguments. Le droit possède une force qui peut rallier les esprits les plus honnêtes. En même temps, un espace s’ouvre pour apaiser les relations et ouvrir des perspectives à long terme. Il faudrait que nous puissions agir avec détermination et intelligence dans ce sens.

C’est pourquoi, nous croyons le moment venu pour tenir une Conférence Nationale sur la stratégie à mettre en œuvre pour le recouvrement de l’île comorienne de Mayotte. Cette idée a été avancée à plusieurs reprises pas des hautes personnalités du pays issus de divers horizons.

La lutte pour recouvrir l’intégrité du pays est un combat national qui doit impliquer tout le monde, qui doit permettre à chaque Comorien qui le souhaite d’y apporter sa contribution suivant sa place même si elle est modeste. L’objectif est de parvenir à unir tout le pays autour d’une stratégie qui s’imposerait à tous, qui introduirait cohérence et suivi dans les actions des gouvernements successifs du pays. Il ne faut pas oublier qu’une des forces de la France, c’est la continuité de sa politique anti comorienne sur Mayotte. Quelle que soit la couleur du Gouvernement français, l’orientation anti comorienne est la même. Tandis que chez nous, chaque Gouvernement cherche à initier sa propre politique.

En prenant l’initiative de telles assises salutaires pour le pays, votre rôle d’Homme d’Etat se trouverait substantiellement rehaussé et passerait dans l’Histoire du pays. C’est dans cet espoir que nous vous prions, Excellence, d’agréer l’expression de nos salutations respectueuses et de nos vœux de réussite dans vos nobles fonctions.

Le Comité Maore
Moroni le 25 juillet 2012

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

3ème séminaire gouvernemental : encore une messe d’autosatisfaction

Qui pourrait contester l’opportunité de tenir un séminaire gouvernemental pour évaluer le PCE (Plan Comores Emergent) à travers ses PTA (Plan de travail Annuel) dont l’objectif affiché est de servir « l’intérêt supérieur de la Nation et la volonté commune de bâtir des Comores prospères et paisibles » (Discours du président Azali cité dans Alwatwan du 13/05/2025). La pertinence de la démarche est malheureusement anéantie par des thèses du style « … des transformations structurelles et tangibles ont déjà été engendrées au bénéfice de notre peuple » (propos de la Commissaire au plan rapportés » par la Gazette des Comores du 14/05/2025). Inévitablement la montagne accouchera d’une souris. Comme à son habitude, le pouvoir se congratule dans des messes budgétivores niant complètement une réalité abominable qui pourtant saute aux yeux de tous. Car on n’a pas besoin d’indicateurs sophistiqués pour appréhender la ruine du pays. Oui des nouvelles routes ont été goudronnées mais cela compense-t-i...

𝟏𝟕/𝟏𝟐/𝟐𝟎𝟐𝟓 : 𝐥𝐚 𝐁𝐂𝐂 𝐜é𝐥è𝐛𝐫𝐞 𝐥𝐞 𝐂𝐢𝐧𝐪𝐮𝐚𝐧𝐭𝐞𝐧𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐥’é𝐜𝐨𝐧𝐨𝐦𝐢𝐞 𝐜𝐨𝐦𝐨𝐫𝐢𝐞𝐧𝐧𝐞

Une de ces grandes messes dont le pouvoir Azali a le secret. L’objectif est toujours le même : s’autocongratuler, méthode Coué classique et, peut-être surtout, mystifier la population. Rapprocher la situation du pays en 1975 à celle de 2025, conférait une « fierté nationale », une glorification du chemin parcouru. Penser donc, à peine une dizaine de médecins en 1975 et plusieurs centaines aujourd’hui. Un progrès indéniable mais pour quels résultats. La sanction ne se trouve-t-elle pas dans les multiples voyages sanitaires des citoyens, en commençant par les gouvernants eux-mêmes. 100% de scolarisation, une prouesse mais sabotée par la politique éducative, programme formant des étrangers (voir la Thèse de l’éminent anthropologue comorien Damir Ben Ali ( http://www.damirbenali.com ), par les établissements publics délabrés, par la place et le rôle du privé dans le système éducatif. Tout y est passé pour illustrer des grandes avancées : électricité, eau, infrast...

𝐔𝐧𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐢𝐛𝐮𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐚𝐮𝐱 𝐚𝐬𝐬𝐢𝐬𝐞𝐬 𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥𝐞 𝐬𝐮𝐫 𝐥'é𝐝𝐮𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧

L’école constitue le socle d’une société Il me semble utile de souligner avec force l’importance de l’école même si l’on peut considérer cela comme des banalités que l’on rabâche à tout bout de champs. Il s’agit d’œuvrer pour une large prise de conscience de la population comorienne.   L’école occupe une place centrale dans la construction du futur d’une société. Elle ne se limite pas à la simple transmission de savoirs : elle façonne les citoyens de demain, leur transmet des valeurs, des compétences et des outils essentiels pour s’insérer dans la vie sociale, économique et culturelle. Une éducation de qualité est l’un des leviers les plus puissants pour lutter contre la pauvreté, améliorer la santé, promouvoir l’égalité hommes-femmes, renforcer la cohésion sociale et assurer la stabilité politique. Elle favorise aussi la compréhension des enjeux politiques et sociaux, encourage la participation citoyenne et contribue à la réduction des inégalités. En somme, l’école est le socl...