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La démocratie comorienne à terre

Peut-on parler de démocratie comorienne ? En tout cas tous les ingrédients sont visibles : multipartisme, plusieurs organes des presse, un parlement, etc. Bien sûr, il arrive que des journalistes soient malmenés (licenciement, arrestation, etc.) mais depuis Papa Djo, la démocratie (« démocrachat disait-il !! ») s’est imposée après plus d’une dizaine d’années de dictature musclée.

Malheureusement la société comorienne est minée par la corruption et le féodalisme, ce qui entrave la démocratie et la rend inopérante, trompeuse voire hideuse ! Qui pourrait sérieusement se réjouir du fonctionnement du pays, de ses institutions et organisations, (y compris les partis politiques, les syndicats, voire même dans la société dite civile) ?

La corruption joue le rôle le plus nuisible. Elle est bien évidement nourrie par le « grand mariage » mais elle traduit l’avidité de dirigeants ou apprentis dirigeants qui cherchent à s’enrichir à vitesse électronique. A observer les dirigeants, c’est à qui s’accaparera de plus d’argent public. Des jeunes loups aux dents longues affichent avec arrogance leur « richesse » et leur soif absolu de pouvoir. Ils ont transformé la plupart des organisations politiques en entreprise clientéliste, machine à acheter des voix. Leur paradigme : « on ne fait pas de la politique pour aller au paradis mais pour parvenir au pouvoir afin de s’enrichir ». Clé de voute de la corruption : l’impunité. L’Etat se contentant depuis mai 1978 de gesticulations mensongères pour couvrir la corruption dont les « en-haut-de-en-haut » sont les principaux agents.

Le féodalisme joue son rôle nuisible via l’agriculture et le grand mariage. L’agriculture, handicapée par le mode d’appropriation des terres qui enserre l’exploitation. L’émiettement des parcelles empêche toute mise en œuvre judicieuse de système de production semi industriel. Quant au grand mariage, noyau de notre culture selon des « spécialistes » comoriens en anthropologie, il anesthésie l’esprit critique de nombre d’intellectuels comoriens dont la valeur suprême est devenue l’intégration dans le système de la notabilité villageoise.

La démocratie comorienne, comme l’indépendance et l’unité du pays, est donc devenue un mirage. Partis politiques, voire même les médias, font l’impasse sur les misères qui frappent le pays : la dernière horreur : un enfant meurt à EL Maarouf parce que sa couveuse n’était plus alimentée en courant électrique ! Un scandale insupportable qui devrait mobiliser tout ce qui bouge ! Eh bien non, seule la Gazette y consacre un papier et comme l’a si bien écrit son auteure Faïza : « Et l’histoire s’arrêtera là ». Un cas qui se suffit à lui-même pour peindre la situation lamentable qui prévaut.

La question est de savoir comment les partis intégreront les résultats calamiteux des dernières législatives. Des partis incapables de présenter des candidats et donc sans élu au Parlement ; des partis à un ou deux élu ; des partis sans représentants dans au moins deux îles ! Eh ces partis se couvrent de sophismes pour tenter d’exister et pouvoir prétendre à des strapontins. Ils sont donc tout naturellement dans les imbroglios où l’on voit le FD s’acoquiner avec Kiki, le Radhi avec le CRC et l’UPDC. Il s’en trouve même qui pense aux présidentielles malgré la douche chaude de janvier-février dernier. En réalité ce ne sont pas des partis politiques, ce sont des partis politiciens qui n’ont aucun souci de la vie quotidienne des gens.

Quelle perspective ? Le pessimisme s’est ancré dans les esprits sans pour autant tout fermer. Le mouvement RILEMEWA qui prônait l’abstention traduit en même temps pessimisme et ras-le-bol mais il interroge aussi. Les rares partis politiques sont-ils capables de se mettre en cause et d’ouvrir des voies nouvelles ou faudra-t-il se résoudre à fonder un nouveau parti capable de porter les aspirations du pays et de conduire les citoyens vers la satisfaction de leurs revendications légitimes ?
Idriss(12/03/2015)

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