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MANIERE DE VOIR 143 oct-nov 2015

« MANIERE DE VOIR » est une revue de l’excellent « Monde diplomatique ». Le numéro 143 d’octobre-novembre 2015 est consacré à l’Afrique avec à la une « AFRIQUE : ENFER et ELDORADO ». Ci-dessous une « mise en bouche » pour susciter une étude attentive du numéro.

« Euphorie démocratique au début des années 1990 » : fin des régimes à parti unique, rejet des putschs, adoption de Constitutions et élections.

Malheureusement « l’éthique démocratique n’est pas garantie » : respect seulement des apparences, « la fraude reste courante », utilisation de l’argent public pour corrompre et acheter les consciences des électeurs, intimidations et chantage, « les dirigeants suscitent aussi la création (d’une multitude) de petits partis pour disperser les voix (et décrédibiliser les partis politiques), Et cela sous « les litotes approbatrices de Paris, les silences de Washington ou de Londres », avec en prime des « interventions militaires étrangères » suite à des remises en cause de scrutin comme ce fut le cas en Côte d’Ivoire où la France est directement intervenu pour installer Ouattara à la tête de l’Etat.

« Aux élites désintéressés des années 1960 ont succédé des castes corrompues, … des élites vénales qui se distribuent les rôles dans une sinistre pièce où le citoyen n’est que spectateur, … des hippopotames fainéants qui ont ruiné l’Afrique postcolonial et qui trahissent leur peuple. »

De leur côté, « tout en conditionnant leur aide à l’instauration du multipartisme et au respect des droits de l’homme, les bailleurs de fonds -institutions financières internationales (IFI), Union Européenne, etc.- ont imposé des contraintes économiques. Il en résulte un jeu politique affadi où les multiples partis disposent d’une unique option macroéconomique celle des plans d’ajustement structurel (PAS) et autres documents stratégiques de réduction de la pauvreté … facteur aggravant, les politiques prescrites par les IFI ont administré aux pays africains les médicaments qui tuent. … les libertés conquises coïncident avec la paupérisation, … elles cohabitent avec l’impunité économique ». « Le continent paraît de plus en plus administré de l’extérieur sans que l’on s’en prenne jamais à l’une des sources principales de son instabilité : la violence et l’iniquité des rapports mondiaux » Des questions fondamentales sont posées : « Manquant de moyens, infantilisé et subissant les contraintes de l’Etat minimum imposé de l’étranger, l’Etat africain est-il en mesure de servir de cadre à la démocratie » ou encore « peut-on démocratiser des pays dominés. »

Où se trouvent donc l’issue ? L’on se tourne alors vers les peuples. Le « monde diplomatique » se limite malheureusement aux classes moyennes qui se « reconstituent ». Il dénonce un des « effets pervers de la bonne gouvernance : l’absence de notion post colonial de l’intérêt général ». Il stigmatise aussi le fait que « le multipartisme se révèle souvent, en Afrique, à la fois régionaliste et ethnique ». Selon un écrivain camerounais, cité, « les civilisations africaines ont perdu beaucoup de terrain depuis des siècles. » Pour lui le continent souffre de quatre déficits : 1) le déficit d’amour propre et de confiance en soi, 2) le déficit de savoir et de connaissance, 3) le déficit de leadership et 4) le déficit de communication ». Il invite à des réformes radicales, « notamment celle des systèmes éducatifs »

Pour bâtir des états dignes de ce nom, « la souveraineté de l’Etat et du peuple » doit avoir un sens significatif et concret. Cela ne peut pas se faire avec cette multitude de partis dont les citoyens ont perdu toute confiance ni en se cantonnant dans ce qui est désigné aujourd’hui par société civile. Les peuples doivent investir la sphère du politique, se doter des instruments adéquats pour défaire les « rois fainéants et cupides » en n’oubliant pas qu’ils sont aux commandes parce qu’ils sont des « traîtres à leur nation », parce qu’ils s’appuient sur l’étranger.

Cette perspective ne relève pas des classes moyennes seules mais de tout le peuple et chaque catégorie doit apporter sa part à l’œuvre commune.
Idriss(31/10/2015)

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