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AZALI II : des signaux négatifs

Bien sûr des signaux positifs sont aussi à enregistrer. Ne serait-ce que la baisse des prix des hydrocarbures. Il faut en effet se rappeler que ces prix avaient été fixés dans la tourmente avec comme argument principal : un prix du baril de pétrole à plus de 100 $ US. Il y a belle lurette que la chute, plus de 50%, du prix du baril de pétrole était connue de tous sans incidence sur les prix à la pompe et les revendications des consommateurs étaient superbement ignorées par Mamadou.

Mais à mon corps défendant, les signaux négatifs pèsent plus lourds, laissent à penser que les règles de management restent inchangées et plombent l'espoir d'une amélioration réelle des conditions de vie des simples citoyens. J'en souligne particulièrement deux.

L'attitude face à la crise des délogés à Maore.

Les exactions ont commencé en décembre 2015 dans une quasi-indifférence du pouvoir Ikililou-Mamadou-Msaidie. La crise devint dramatique à partir de mai 2016 quand plusieurs centaines de Comoriens furent jetés à la rue, contraints de camper dans des conditions scandaleuses à la place de la République française, la place de la honte, à Mamoudzou. Personne ne peut nier la sensibilité du nouveau pouvoir qui s'est vue dans le discours d'investiture du président Azali et surtout à travers l'attitude du pouvoir face à la délégation du Comité de Soutien aux délogés de Mayotte, comité mis en place par des Comoriens habitants Maore et qui vient de passer trois jours à Moroni.

Malheureusement les signaux négatifs sont plus significatifs. Ils résident en premier dans le silence, aucune déclaration officielle de l'Etat comorien, en second dans l'interdiction de la manifestation du 11 juin et enfin dans la référence au dialogue Azali I – Chirac.

On nous rétorque souvent notre ignorance diplomatique, les conflits ne trouvent pas leur issue sur la scène médiatique, etc. Mais on nous accordera tout de même que la diplomatie ne peut pas être que souterraine. Ce sont les actions visibles qui imposent un rapport de force et dessinent les contours des négociations discrètes. Surtout quand on se trouve en face d'un grand pays arrogant qui piétine allègrement et sans risques les règles et usages internationaux.

Mais quelles sont les armes dont peut se servir l'Etat comorien contre l'Etat français ?

N'est-ce pas en premier lieu la mobilisation des Comoriens ! Face au scandale de la place de la honte à Mamoudzou, n'est-ce pas ridicule que notre peuple ne se lève pas comme un seul homme pour crier son indignation et témoigner sa solidarité avec les siens malmenés sur notre propre territoire. Comment pourrait-il le faire si ceux qui ont les rennes de l'Etat se taisent, interdisent les protestations ? Ne voit-on pas ce qui se passe dans les autres pays dans des situations comparables. Parfois même les présidents descendent dans les rues quand les limites de l'acceptable sont dépassées. N'est-ce pas le cas aujourd'hui quand des familles comoriennes passent leur mois de ramadan dans la rue, quand un bébé comorien est gazé par des lacrymogènes, quand une femme comorienne accouche dans la rue, et tout cela se passe sur notre territoire nationale. N'existe-t-il pas de situation où le pays peut s'unir comme un seul homme pour défendre son honneur, sa dignité ?

Quelle est l'autre arme essentielle sinon la mobilisation de la communauté internationale ? Est-ce par le silence que l'Etat comorien l'obtiendra ? N'est-ce pas évident que cette absence de prise de position officielle ridiculise notre pays aux yeux de la communauté internationale? La ligne politique du pays devrait s'articuler autour du paradigme : Ni capitulation Ni aventurisme. On a l'impression que les dirigeants successifs du pays traitent en aventuriers les patriotes pour tenter de camoufler grossièrement leur capitulation. Résultat, l'annexion de Mayotte par la France progresse au fil des jours.

Les nominations

Il va de soi que le nouveau pouvoir devait s'installer, placer ceux et celles qui portent ses orientations politiques dans les principaux postes.

Les mauvais signaux viennent d'où ?

En premier de l'augmentation insensée de la superstructure politicienne. Existerait-il deux exécutifs une Présidence et un Gouvernement? Une telle architecture correspond à des pays bicéphale comme la France où le Président (majorité présidentielle) et le Premier Ministre (majorité parlementaire) peuvent ne pas être du même bord politique. Notre régime est présidentiel, quasi monarchique.

En deuxième lieu de ces innombrables conseillers, parfois spéciaux, dont tout le monde imagine le rapport qualité/prix en termes de services rendus/salaires. D'ailleurs les attributions sont loin des compétences des uns et des autres. En somme la gabegie continue.

Enfin la nomination abusive des DG des sociétés d'Etat, abusive parce qu'elle ne respecte pas les statuts de ces sociétés, lesquels exigent l'implication des Conseils d'administration, des procédures réglementaires de recrutement. Le management de ces sociétés reste donc uniquement politicien. Le jeune DG d'ONICOR qui semble avoir réussi à sortir sa société du gouffre, qui avait initié la construction de nouveaux sièges, est éjecté. Pourquoi voudriez-vous qu'un DG travaille bien puisque son sort est uniquement lié à son positionnement politicien, une dynamique qui se trouve à la base de la gestion calamiteuse des sociétés d'Etat.

Azali II va-t-il suivre les ornières d'Azali I ? On espère que non, on formule des vœux. En tout cas la vigilance est de mise.

(Idriss 17/06/2016)

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