Accéder au contenu principal

Les 100 jours d'Azali

D'où vient cette histoire des 100 jours !? L'opinion semble l'avoir adopté et on attend les avis des uns et des autres. Pour avoir été un de ceux qui avaient opté pour Azali contre Mamadou, il m'apparait devoir m'exprimer. Bien évidemment il ne s'agit pas de bilan mais des premières impressions.

A mon avis les faits nous donnent raison d'avoir préféré Azali à Mamadou. Ne serait-ce qu'au regard de la baisse des prix des hydrocarbures, une vieille revendication ignorée jusqu'ici et dont le fondement résidait dans le maintien d'un prix fixé à un moment où le prix du baril dépassait les 100 $ US alors qu'il était descendu à moins de 50 $ US depuis belle lurette. Mais il y a aussi l'organisation sans précédent du Hedji que tout un chacun salue, l'engagement d'échanges avec le Comité Maore sur l'épineuse question de l'intégrité territoriale alors que le clan Ikililou-Mamadou-Msaidié n'a jamais voulu recevoir le Comité Maore malgré des multiples demandes. On pourrait évoquer la baisse des prix de certains produits dont les frais d'inscription à l'université, etc.

Malgré cela, force est de constater que les perspectives ne sont pas claires.

Je pense en premier lieu au respect strict des lois. Dans le pays une pratique, devenue une habitude, consiste à ignorer lois et chacun s'en accommode. Il ne peut pas y avoir d'autorité de l'Etat, d'environnement propice au développement sans un respect strict des lois et une bataille acharnée et volontariste pour punir les contrevenants. Et cela revêt une dimension particulière dans un pays gangrené par la corruption, le clientélisme, la triche à tous les niveaux et dans tous les secteurs. Ce sont des lapalissades ignorées par nos gouvernants successifs et le Président s'inscrit dans ces ornières paralysantes. Il y a des lois qui régissent les nominations dans les entreprises publiques, dans les fonctions techniques. Force est de constater que le Président s'est laissé déborder ou en tout cas en est venu à satisfaire aux appétits de ses partisans : le nombre de ministres a largement dépassé les 10 prescrits, les Conseillers du Président sont innombrables, les DG sont choisis en ignorant les Conseils d'Administration, etc. Il y a des lois qui régissent les passations de marché : on ne doit pas, malgré l'urgence et des tas de raisons compréhensibles, signer un marché de 5 milliards sans le respect des procédures, etc. Pour changer la donne le Président Azali doit personnellement s'engager, s'entourer de juristes indépendants pour s'assurer de la validité juridiques de ses décrets (certains textes de loi du temps d'Ikililou ont fait l'objet de polémiques sur leurs aspects juridiques), engager une lutte conséquente contre la dilapidation des deniers publics et la corruption.

En deuxième lieu, il faut des contrepouvoirs. Au nombre des dysfonctionnements inacceptables de la Tournante, se trouve en première position : la place et le rôle du Président. Il ignore quasiment les VP pourtant élus avec lui. L'Assemblée Fédérale ne peut rien contre lui, tout au plus elle peut censurer un ministre. Les traditions dans le secteur de la presse empêchent le quatrième pouvoir de prendre son élan. A mon avis il faut faire en sorte que les institutions comme la Cour Constitutionnelle, la Cour Suprême, les organes chargées des élections soient vraiment indépendantes : autonomie financière, composition par des personnalités compétentes et connues pour leur intégrité. Pour n'avoir pas respecté ces principes, notre pays a failli tomber dans un précipice lors des dernières élections, les mêmes raisons ont mené le Gabon dans une situation similaire. La confiance dans les Institutions fondamentales du pays est la seule garantie sérieuse de paix et de stabilité.

En troisième lieu, le pays a besoin de voir clair dans le chemin que lui tracent ses dirigeants. Un séminaire gouvernemental a été tenu mais ses conclusions n'ont pas été rendues publiques. A mon avis le Président Azali doit formuler un plan quinquennal stratégique décliné chaque année par un plan annuel tactique. Il pourra alors susciter l'adhésion et la mobilisation de ceux qui adhéreront à ces orientations et on sortira d'une navigation à vue inévitablement sans esprit de suite et donc finalement inefficace. Le pays doit tourner le dos à ces innombrables séminaires, ateliers, dont raffolent les "spécialistes de l'aide au développement", des rassemblements pompes à argent sans lendemain. Il faut opter pour des mobilisations autour des objectifs des plans annuels du gouvernement

Je voudrais enfin finir sur la démocratie comorienne. Peut-elle prendre corps sans des partis politiques jouant leurs rôles ? Mais alors que faire face à cette multitude de groupes de WAHELEZI ? Des regroupements autour de personnalités sans programme autre que des fauteuils dans la direction du pays, union comme ile ? Ils ne visent même pas la présidence, hors de portée, juste des places. D'où leur désignation. L'intégration du FD dans ce système a tué les espérances des simples citoyens que le pessimisme ambiant a menés dans le désespoir. C'est à la jeune génération porteuse d'avenir de reprendre le flambeau de la lutte pour le progrès économique et social, de trouver les moyens de poursuivre la voie "patriotique-internationaliste".
Idriss (06/09/2016)

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

𝐕𝐈𝐂𝐓𝐎𝐈𝐑𝐄 𝐄𝐓 𝐋𝐄Ç𝐎𝐍𝐒 𝐃'𝐔𝐍𝐄 𝐒𝐄𝐌𝐀𝐈𝐍𝐄 𝐃𝐄 𝐂𝐎𝐋𝐄𝐑𝐄 𝐀𝐔𝐗 𝐂𝐎𝐌𝐎𝐑𝐄𝐒

Pendant une semaine, les Comores ont vécu un mouvement social massif sans précédent durant ces vingt dernières années. La flambée des prix des carburants a agi comme une étincelle dans une société déjà éprouvée par la vie chère, le chômage, l’affaissement des services publics et une gouvernance autocratique sans perspectives autre que le pillage des deniers publics. Encore des assassinats ! La mort confirmée d’au moins un jeune manifestant constitue un fait gravissime. Une fois encore, les forces de sécurité ont répondu à une mobilisation populaire par la violence, l’humiliation et le sang. Ce scénario est devenu tristement habituel dans notre pays : Le mouvement social ne devrait pas se terminer sans exiger justice. Les responsables sont connus. Ils sont identifiés, ils doivent être arrêtés et traduits devant les tribunaux. Les blessés doivent être pris en charge par l’État. Au-delà des procédures judiciaires, la nation doit reconnaître la gravité de ce drame. Une journée ...

LA COI : L’ARME FATALE DE LA FRANCE CONTRE LES COMORES

Le 8 juin 2026, le sommet de la COI s’est tenu comme de coutume. Le ministre comorien affirmant haut et fort Mayotte comorienne et la ministre française cherchant à noyer le poisson dans l’eau avec son intégration de Maore dans la COI. Un peu d’histoire pour appréhender précisément la stratégie française En 1975, la France était complètement isolée. Le maintien de Maore sous sa domination coloniale soulevait l’indignation générale. Les référendums organisés à Mayotte en 1976 furent des mascarades. On ne légitime pas une situation contestée en organisant des consultations locales sous contrôle de la puissance qui en tire bénéfice. Aucune crédibilité donc au prétendu « choix des Maorais à rester français ». A cela il faut ajouter la falsification ubuesque du droit international par la France. En effet Il n’y a pas, d’un côté, l’intégrité territoriale des Comores, et de l’autre, un hypothétique “droit du peuple maorais à disposer de lui-même”. Cette symétrie est une const...

𝐐𝐔𝐄𝐋𝐋𝐄 𝐎𝐑𝐈𝐄𝐍𝐓𝐀𝐓𝐈𝐎𝐍 𝐅𝐎𝐍𝐃𝐀𝐌𝐄𝐍𝐓𝐀𝐋𝐄 𝐏𝐎𝐔𝐑 𝐋𝐀 𝐃𝐈𝐏𝐋𝐎𝐌𝐀𝐓𝐈𝐄 𝐂𝐎𝐌𝐎𝐑𝐈𝐄𝐍𝐍𝐄

(Un article proposé à " La Gazette des Comores qui n'a pas été publié) Je réagis, comme s’il s’agissait d’un droit de réponse, à l’important article de mon proche ami, Mohamed Djalim Ali, publié dans la Gazette du 15/01/2026 et dont le titre : « ce que doit être la diplomatie comorienne : le réalisme comme boussole ». Dans notre monde gouverné par les lois de la jungle, où les puissants agissent à leur guise pour défendre leurs intérêts, s’interroger sur l’orientation de la diplomatie de notre tout petit Etat mérite d’être salué. Djalim a bien raison de lancer le débat. Malheureusement l’objectif poursuivi semble être la défense d’une France qui perd pied en Afrique. La position de Djalim est explicitée clairement. « La coopération franco-comorienne, malgré ses limites et ses déséquilibres, s’inscrit dans une temporalité longue. Elle concerne des domaines structurants : formation des cadres, appui institutionnel, éducation, santé, sécurité, culture, gestion de la diaspora et ...