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12 novembre 2016 : un constat amer

Le 12 novembre 1975, intégrant notre pays dans l'Organisation des Nations Unies, la Communauté internationale a souligné solennellement que les Comores sont constituées de quatre îles : Maore, Mwali, Ndzuani et Ngazidja. Ainsi était souligné le rejet clair et ferme de la politique française d'annexion de l'île comorienne de Mayotte. Une victoire essentielle qui ne s'est pas encore traduit dans les faits. 41 ans après, le constat est amer. Certains considèrent que notre lutte a failli, qu'il faut donc changer de stratégie. On en arrive même à déconsidérer l'ONU et à vouloir opter pour le bilatéral, une voie de garage de toute évidence.

Si les gouvernants successifs français, de gauche comme de droite, ont mis en œuvre une politique systématique pour annexer l'île comorienne, les gouvernants successifs des Comores ont brillé par leur inconsistance et c'est un euphémisme. Depuis quelques années, les dirigeants comoriens cherchent seulement à faire croire au pays qu'ils n'ont pas abandonné le combat; certains justifient leur attitude timorée par les temps qui auraient changé réduisant la solidarité des peuples et les principes universels à du simple formalisme inopérant. L'issue, si issue il y a, devrait donc être recherchée en amadouant la France. Comme si celle-ci pouvait renoncer à son annexion uniquement pour nous faire plaisir !

La question fondamentale qui se pose est celle des relations des Comores à la France. Les Comores, depuis le retour au pouvoir du président Ahmed Abdallah chante un refrain dévirilisant qui sape tout soutien à notre pays. Car on ne peut pas être plus royaliste que le roi. Ce refrain absurde que nos gouvernants successifs chantent en toute occasion c'est celui de la France ami numéro un des Comores, encore pire, c'est la France principal partenaire des Comores. Tandis que la France, en vrai faux ami, pratique la stratégie du "soutien de la corde au pendu". Elle fait semblant de nous aider pour infiltrer le pays jusqu'aux os, pour se donner les moyens de perpétuer l'instabilité séparatiste, pour installer ses agents aux postes stratégiques et pour saboter tout ce qui pourrait faire progresser le pays. La France utilise aussi le bâton, elle pousse même le bouchon jusqu'à humilier publiquement notre pays comme ce fut le cas lors de son refus d'accorder de visa Schengen à tous les Comoriens, y compris à notre Chef de l'Etat ou quand le président français déclare publiquement que la France "allait obliger les Comoriens à participer à la lutte contre les clandestins à Mayotte" (je cite de mémoire). Les dirigeants comoriens ne sont pas dupes mais ils semblent considérer la France comme un démiurge, que les Comores ne peuvent pas vivre sans la France, qu'il n'est pas possible de mettre la puissante France au banc des accusés, qu'il est inenvisageable de relever les défis arrogants et insolents des dirigeants français.

Faut-il rompre pour autant avec la France ? Cette possibilité n'est pas à exclure mais pour l'heure il s'agit de mettre les choses à leurs places. Abandonner le refrain mensonger et nuisible de la France ami des Comores. Traiter l'ambassade de France aux Comores comme n'importe quelle ambassade. Empêcher les tournées de l'ambassadeur de France aux Comores dans les régions qui rappellent l'époque coloniale quand le haut-commissaire circulait pour distribuer des bibelots.

Faut-il changer de stratégie de combat sur la question de l'île comorienne de Mayotte ? En réalité, il faut reprendre le combat car il a été abandonné. Le putsch qui destitua Djohar a conduit à la formation d'un gouvernement comorien dirigé par Caambi El Yachourty, gouvernement composé à l'ambassade de France et dont le premier acte fut de suspendre l'examen de la question de Mayotte à l'AG de l'ONU qui suivait. Cette suspension fut confirmée par le Président Taki, successeur de Djohar. La question de l'île comorienne de Mayotte fut retirée de l'Ordre du Jour définitif et passa à l'ordre du jour provisoire où elle végète jusqu'à présent.

Et que dire de l'attitude des gouvernants successifs face au visa Balladur qui, incontestablement se trouve à la base de ces milliers de morts (plus de dix mille) sur le bras de mer Anjouan-Mayotte, nourrit les mauvais traitements que subissent une partie des Comoriens à Mayotte (ratonnades, décasage, déplacements forcés dans des conditions abominables). En dehors de la grande manifestation nationale lorsque le visa fut instauré, aucune réaction significative d'un Chef d'Etat comorien. Tout au plus, se lamentent-ils dans des discours sans conséquence dans des forums internationaux. Il est avéré que dans de nombreux cas, les kwasa sont renversés par les vedettes des forces françaises qui foncent, tous feux éteints, vers les frêles embarcations et les font chavirer pour après jouer le rôle de samaritains, pompiers pyromanes ! Cela semble laisser de marbre nos gouvernants. Le Comité Maore a proposé une plainte contre M. Balladur à la cour pénal international pour crime contre l'Humanité en vain. Seul l'Etat peut saisir la CPI, pas une minuscule association.

Autre illustration de la capitulation comorienne, sous la pression de la France, le pays a accepté de récompenser la sécession : Mayotte obtint le droit de participer à part aux jeux de l'Océan Indien. Une injustice subie par les jeunes des autres îles. Cet obstacle franchi, la France put dès lors progresser vers la départementalisation de Mayotte. Un changement de statut fondamental sans condamnation universelle ni réaction comorienne conséquente. La voie fut ouverte pour une intégration de Mayotte dans la Région Océan Indien avec l'accord des Comoriens. L'Union Européenne naguère hostile à l'annexion de Mayotte intégra Mayotte comme région ultra périphérique comme si cela allait de soi, les autorités comoriennes semblent avoir encaissé le coup sans la moindre riposte.

Par ailleurs la France prend plusieurs autres initiatives pour valider son fait accompli. Cartes des Comores de 3 îles imposées à nombre d'institutions internationales, mise en circulation dans le pays d'agenda présentant des Comores composées de 3 îles, falsification de l'Histoire, etc. Sans réaction comorienne. Interpellé pour avoir affiché dans son bureau une carte des Comores à 3 îles, un Représentant du PNUD s'est défendu en soulignant que les autorités comoriennes fréquentaient assidûment son bureau et personne n'avait réagi, une révélation hautement significative. Pour le Représentant résident canadien, il ne revenait pas à une ONG comorienne de faire changer cet état des choses.

Enfin n'est-il pas significatif de constater que l'Etat comorien traite les vols en provenance ou à destination de Mayotte comme des vols internationaux, il fut même un temps où il fallait pour se rendre à Mayotte un visa comorien en plus du français.

Le faisceau de faits significatifs témoignant de la capitulation comorienne est inépuisable. Il ne reste que l'acceptation formelle de l'annexion de Mayotte et la France y travaille.

Tout n'est pas joué pour autant. Car la France se trouve confronté à d'innombrables difficultés liées à l'identité nationale comorienne des Maorais. Son droit commun ne passe pas et n'est pas prêt de passer. Sa nouvelle orientation vise à modifier en profondeur la composition ethnique de la population de Mayotte : empêcher les Comoriens de s'y installer et parallèlement mener une politique migratoire des Maorais vers la Réunion et la France et d'intégration des immigrés qui affluent à Mayotte, spécialement les malgaches. Elle cherche aussi à promouvoir le kibushi pour distinguer Mayotte des autres îles. Si on laisse faire les cinquante prochaines années peuvent lui donner raison.

Le Comorien honnête, quelle que soit sa position dans le pays, Chef d'Etat comme simple citoyen, doit reconnaître humblement que les Comores ont lamentablement, honteusement capitulé. Il faut élaborer une stratégie nationale de combat qui contraindra la France à négocier sérieusement. Espérons que c'est ce qui se dessine, prions pour qu'il en soit ainsi et travaillons pour qu'il en soit ainsi.

Puisse la célébration du 12 novembre 2017 marquer ce tournant vital de notre combat national.

Idriss (09/11/2016)

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