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Société des hydrocarbures : inquiétudes

Et c’est un euphémisme lorsqu’on examine la gouvernance de la SCH.

Il convient de souligner en premier lieu le licenciement du Délégué du personnel pour « faute grave » non spécifiée. Un scandale qui a fait réagir, à juste titre, la Confédération des Travailleurs Comoriens qui s’apprête à porter plainte contre le DG de la SCH. Un scandale qui dévoile des pratiques autocratiques d’un autre âge. On ne peut pas, on n’a pas le droit de licencier un salarié, qui plus est un représentant du personnel, de façon aussi cavalière, sans aucun respect des procédures de licenciement.

Mais il y a aussi les propos du DG relatifs à ses orientations tels qu’ils ont été rapportés par WatwanEco du 07 avril 2017.

« Pas d’appel d’offres en produits pétroliers pour les cinq ans à venir » titre en une le supplément éco d’Alwatwan qui révèle que le contrat entre la SCH et Vitol Bahrain Ec a été signé le 1er septembre 2016. Un marché de plusieurs milliards, octroyé en catimini, sans appel d’offre pour une si longue période. C’est incroyable ! C’est absolument inacceptable. C’est scandaleux ! On se demande comment le Chef de l’Etat a pu accepter cela. Il faut se rappeler son engagement public, lors d’une conférence de presse sur les nouvelles centrales électriques, à respecter et faire respecter désormais les procédures d’attribution des marchés publics. Les explications du DG de la SCH sur les « avantages » obtenus par sa société ne sont que des arguties sans consistance pour faire passer l’amère pilule. On comprend que la SCH ne puisse pas lancer des appels d’offre tous les deux ou trois mois. Pourquoi pas un contrat périodique, renouvelable dans des conditions à spécifier. Mais de là à octroyer une exclusivité pour cinq ans il y a un immense fossé que le DG a cru pouvoir enjamber sans coup férir. Pour qui connaît les pratiques des grands opérateurs du secteur du pétrole dans les pays africains, des lourds doutes pèsent sur les enjeux réels de cet effarant gré à gré de cinq années.

Enfin le DG de la SCH se propose d’étendre le champ d’action de son établissement, huiles et lubrifiants, gaz, bitume, … Une dispersion hors du temps. Aujourd’hui, les entreprises se focalisent sur leur (s) métier (s) pour gagner en efficacité, les plus performantes externalisent (une forme nouvelle de sous-traitance) des fonctions entières. La SCH devrait se concentrer sur l’achat, le stockage et la distribution des seuls produits pétroliers dont elle a la charge. Un monopole juteux. Le pays souffre des pénuries intempestives de ces produits. Le pays est menacé par des sites en plein centre-ville, le risque zéro n’existant pas. Enfin il faut que les grandes entreprises d’Etat laissent de la place aux privées, il faut laisser des espaces de déploiement au secteur privé. Les sociétés nationales doivent s'arc-bouter sur leur domaine et rendre de façon satisfaisante le service public que l’on attend d’eux.

Fleuron chargé d’un secteur stratégique, la SCH fournit une image concentrée de la réalité politico-économique du pays. On comprend donc les doutes sur les pratiques du pouvoir Azali II. Car l’espoir de progrès économique et social induit par les nouvelles centrales électriques, les infrastructures, etc. s’effrite petit à petit. L’émergence est une formidable force motrice. Rehemani l’était tout autant et on sait ce qu’il en est advenu ! La différence entre un slogan mobilisateur et une démagogie stérile doit être recherchée dans la pratique : s’appuie-t-on rigoureusement sur la loi ? Pratique-t-on le favoritisme dans le choix des hommes ? Laisse-t-on la corruption accomplir son œuvre néfaste ? Mobilise-t-on le peuple et non sa cour ?

A moins d’un mois de son premier anniversaire, le nouveau pouvoir devrait se ressaisir pour donner un nouveau et vigoureux souffle à sa politique.

Idriss (21/04/2017)

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