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Pourquoi je n’assiste pas à l’investiture du CPAN

Ce n’est bien évidemment pas de gaieté de cœur que j’ai décidé de ne pas assister à l’investiture du Comité de Pilotage des Assises Nationales. Je crois devoir m’en expliquer au regard de mon implication dans la défense de ces assises.

A l’origine, les assises devaient être inclusives. Au jour d’aujourd’hui le Gouvernorat de Ndzuani et un groupement de partis politiques ont décidé de ne pas participer aux assises. De plus les Comoriens de France, principale diaspora comorienne, seront absents du CPAN. Peut-on encore parler d’assises inclusives ?

Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Plus la perspective des assises se dessinait, plus le débat public se focalisait sur la tournante. Le M11 a tenté de rectifier le tir en vain. Nous avons beau indiquer que le débat se ferait dans les assises et que chacun pouvait y aller de son opinion. Nous avons souligné le fait que les assises n’étaient pas souveraines. Rien n’y a fait. La situation s’est peu à peu aggravée. Des dirigeants de premier plan du Gouvernement se sont prononcés directement pour la suppression de la Tournante, suscitant des vives réactions de l’opposition, en particulier du Gouvernorat de Ndzuani. Les discours incendiaires se multiplièrent. Des menaces furent brandies. Des personnalités politiques furent interpelées, les noms d’oiseaux fusèrent de tout côté. Notre déclaration appelant au calme ne parvint pas à détendre l’atmosphère.

Jusqu’à la dernière minute nous avons tenté de faire participer tout le monde aux assises. Jeudi, nous avons rencontré l’opposition. Vendredi et Samedi nous sommes allés à Ndzuani rencontrer Le Gouverneur et le Président Sambi. En vain. La seule issue résidait à mon avis, dans le report de la séance d’investiture qui était fixée au lundi. Une énormité semble-t-il aux yeux de ceux qui ont l’expérience du fonctionnement de l’Etat.

Après l’investiture du CPAN, sera-t-il possible de rectifier le tir, d’obtenir la participation de tous ? Difficile de le croire.

Les assises ne risquent-elles pas d’apparaître comme celle des partisans de la suppression de la Tournante avec la caution du M11 ? Les démons du séparatisme ne sont pas loin et ils peuvent remettre le pays à feu et à sang comme en 1997 !

Le contrôle de la situation me semble dépasser les capacités de notre Mouvement et je ne peux pas par fidélité à mes amis assumer les responsabilités de ce qui se profilent à l’horizon.

Pendant plus de deux ans nous nous sommes battus contre vent et marée pour des assises nationales inclusives, cadre d’un débat national apaisé. Si notre Mouvement a les capacités de conduire les assises il n’a malheureusement pas les moyens d’assurer la sérénité nécessaire à une entreprise aussi salutaire. Car encore une fois, comme en 1975, les politiques comoriens se révèlent incapables de dépasser leurs intérêts partisans au profit de ceux du pays. C’est cela la base des malheurs qui frappent le peuple comorien depuis l’indépendance.

Reste que l’espoir n’est jamais définitivement perdu.

Idriss (13/11/2017)

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