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Les Comoriens ont-ils perdu le nord ?

Une Maoraise a posté une vidéo sur Facebook. Métisse (Réunion – Mayotte) elle s'est battue pour s'installer avec sa famille à Maore, dans son île insiste-t-elle, la chair de sa chair (et elle a essuyé une larme), malheureusement la situation à Maore se dégrade au fil des mois (les larmes se bousculent). Elle demande aux Comoriens de rentrer chez eux, de quitter son île. Mais elle a deux frères anjouannais qu'elle ne veut pas, qu'elle ne peut pas renier (montée des larmes) elle stigmatise la politique de Macron incapable de sécuriser un territoire français et d'Azali incapable de retenir son peuple dans son pays. Elle dénonce les exactions commises envers les Comoriens, elle note que les délinquants ne demandent pas les papiers de leurs victimes avant de les dépouiller et les maltraiter. Elle se demande enfin si les Maorais n'ont pas perdu leur humanité.

Le trouble de cette jeune femme et ses contradictions (ses frères étrangers dans son île !) m'a touché. Et me voilà me demandant si ce ne sont pas tous les Comoriens qui ont perdu le sens de leur humanité, qui ont perdu le nord, comme on dit de quelqu'un sans boussole.

Dans une télévision française, une jeune Maoraise, s'exprimant dans un français presque parfait, expliquait que Mayotte n'a jamais été colonisée. Non s'indigne-t-elle, son île a été vendue à la France en 1841 par Andriantsouli, (un usurpateur malgache) contrairement aux autres îles des Comores qui elles ont bien été colonisées ! Non seulement elle ignore que c'est le même processus qui a conduit à la mise sous tutelle des autres îles, à savoir des sultans se mettant sous la protection de la France moyennant finance et protection mais pire encore, elle veut justifier l'injustifiable par une vente ! Une vente d'une île et de ses habitants. Ridicule, abominable!?

Dans un débat organisé par une radio africaine, un journaliste maorais tonna avec force : il n'y a jamais eu de peuple comorien. La puissance de sa voix constituait un argument définitif. Tout de même, voilà quatre îles géographiquement très proches; des populations s'exprimant dans pratiquement le même langage, un langage particulier utilisé uniquement dans cette espace géographique; des populations ayant les mêmes us et coutumes. On marie et célèbre les mariages de la même façon, on enterre et honore les morts de la même façon, des notables régulent ou ont régulé la vie des villages, des pratiques originales inconnues ailleurs. Des populations pratiquant la religion musulmane de la même façon quand on sait la diversité musulmane. Comment peut-on qualifier tous ces traits communs en dehors de la notion de peuple, un peuple original, doté d'une culture originale ? Quel aveuglement partisan!

En dehors d'Ali Soilihi, tous les dirigeants comoriens ont clamé, la main sur le cœur, l'amitié entre les Comores et la France. Imaginer donc, la France premier partenaire des Comores, la France responsable de la sécurité des Comores, etc. Comment comprendre que le pays se livre ainsi au pays qui annexe une partie de son territoire et lui tresse tant de louanges ? Cela tombe sous le sens et interroge sur l'humanité comorienne, sur le sens commun comorien!

Depuis l'été 1997, le séparatisme gangrène les 3 autres îles de l'Archipel. On semble croire que le salut se trouve dans une gestion séparée. On croit que si le président est de telle île, alors c'est cette dernière qui règne. Les faits n'y font rien. Un mgazidja a présidé l'Union des Comores sans que Ngazidja sorte de la misère. Un Mdzuani a suivi puis un Mwali. Rien n'a changé. Les îles se trouvent toujours dans un état de dénuement révoltant. Eyatru n'a rien donné à aucune des îles et pourtant on persiste et signe.

Il est clair que le problème des Comores s'appelle sous-développement, misère économique et sociale.

Maore a opté pour le maintien dans la France. Si la situation y est meilleure que dans les autres îles comoriennes, on est loin du compte. Les chiffres sont implacables : 84% de la population sous le seuil de pauvreté, près de 40% de chômage des jeunes. Le rêve départementaliste finit dans un désastre incarné par ces milliers d'enfants des rues produits par le Visa Balladur, des enfants qui basculent tout naturellement dans une délinquance brutale, source d'une insécurité intolérable.

Confronté aux difficultés de toutes sortes, les Maorais s'insurgent contre la vie chère mais loin de leur proposer des solutions, on leur désigne des boucs émissaires, on calque à Maore le modèle qui a court en Europe : immigration = insécurité, un modèle qui ne marche même pas en France. C'est que Maore n'est pas la France, l'Etat français n'est pas prêt, il n'en a peut-être même pas les moyens, à mettre les milliards d'euros nécessaire à une remise à niveau du "101ème département".

Les autres îles croupissent dans une gouvernance insensée, pratiquant la corruption à grande échelle et s'enfoncent depuis l'indépendance dans un gouffre sans fond

Résultats : les Maorais comme les autres Comoriens sont réduits à aller chercher ailleurs des meilleures conditions d'existence. Seules les destinations changent suivant le degré de misère des uns et des autres.

La question qui se pose dès lors est de savoir si la crise actuelle va aggraver la situation, conduire à un bain de sang ou à un sursaut salutaire.

Le bon sens finira-t-il par l'emporter ? Les Comoriens comprendront-ils enfin que leur problème ne vient pas de leur insularité mais de la volonté de puissance d'un pays qui a du mal à rompre avec son passé colonial et de dirigeants dépourvus de tout sentiment national ?

Idriss 28/03/2018

Commentaires

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