Accéder au contenu principal

Gravissime "décision" du Président Azali

La "décision" a été annoncée au journal de l'ORTC du 12/04/2018. Le porte-parole du Gouvernement l'a confirmée dans un point de presse de ce jour 13/0/2018. Les prérogatives de la Cour Constitutionnelle sont transférées à la Cour Suprême. D'innombrables questions surgissent et on sait plus vers qui se tourner.

1. Peut-on mettre entre parenthèse la Cour Constitutionnelle sans rendre caduc la Constitution ? Est-ce que le pays ne change pas de Constitution de fait ? Le Chef de l'Etat peut-il s'engager dans une telle voie sans marcher sur les lois fondamentales du pays ?

2. Quelle institution est habilitée à juger de la validité de la décision du Chef de l'Etat ? En d'autres termes vers quelle institution du pays se tourner pour contester la validité de la décision du Chef ? Ou doit-on considérer que la décision est le fait d'un monarque absolu ?

3. La Cour Suprême, du fait de son mode de composition, peut-elle assurer les prérogatives institutionnelles de la Cour Constitutionnelle ? Les membres de la Cour Suprême ont-ils été consultés avant la prise de cette décision ? Sont-ils d'accord pour assumer une telle responsabilité ?

4. Quelle peut être l'attitude des membres de la Cour Constitutionnelle ? Accepteront ils passivement d'être mis au placard ou vont-ils défendre l'esprit et la lettre de la Constitution quitte à subir les affres du pouvoir?

5. Quel peut être le rôle de l'Assemblée Nationale ? Les députés en session semble-t-il, devraient se saisir de cette "décision" et prendre solennellement position.

La "décision" est d'autant plus surprenante qu'elle se justifierait par la paralysie de la Cour Constitutionnelle. Chacun sait d'où vient le blocage de la CC. Des Conseillers ont été nommés en remplacement de partants dont le mandat était arrivé à terme mais on n'a pas voulu organiser les formalités de prestation de serment de ces nouveaux entrants. D'autres devaient être nommés sans que l'opinion sache pourquoi cela ne l'a pas été. En somme une broutille qui ne peut en aucun cas expliquer la mise à l'écart de la CC

Voilà plusieurs mois que des voix se sont élevées pour demander que ces formalités soient remplies sans que le Chef de l'Etat ne les entende. Quel devait être le rôle du garant de la Constitution : œuvrer pour la mise sur rail de la CC ou pour la paralyser définitivement ?

Le pays ne peut pas basculer aussi simplement dans l'inconnu! Les acteurs ne peuvent pas, ne doivent pas se contenter de simples positions partisanes. Il faut qu'un débat large se mène, que l'on explique au pays ce qui se passe pour qu'il adhère ou refuse la "décision". Les Conseillers juridiques de la Présidence doivent s'exprimer. Les juristes, constitutionnalistes aussi. Le Chef de l'Etat doit s'expliquer devant le peuple.

La situation est gravissime. Selon le traitement de cette "décision", on saura si le pays glisse vers une dictature qui inévitablement deviendra de plus en plus agressive. L'époque des mercenaires où les arrestations arbitraires étaient légion, risque de nous rattraper si le pays subit pacifique le fait du prince.

Idriss (13/04/2018)

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

𝐕𝐈𝐂𝐓𝐎𝐈𝐑𝐄 𝐄𝐓 𝐋𝐄Ç𝐎𝐍𝐒 𝐃'𝐔𝐍𝐄 𝐒𝐄𝐌𝐀𝐈𝐍𝐄 𝐃𝐄 𝐂𝐎𝐋𝐄𝐑𝐄 𝐀𝐔𝐗 𝐂𝐎𝐌𝐎𝐑𝐄𝐒

Pendant une semaine, les Comores ont vécu un mouvement social massif sans précédent durant ces vingt dernières années. La flambée des prix des carburants a agi comme une étincelle dans une société déjà éprouvée par la vie chère, le chômage, l’affaissement des services publics et une gouvernance autocratique sans perspectives autre que le pillage des deniers publics. Encore des assassinats ! La mort confirmée d’au moins un jeune manifestant constitue un fait gravissime. Une fois encore, les forces de sécurité ont répondu à une mobilisation populaire par la violence, l’humiliation et le sang. Ce scénario est devenu tristement habituel dans notre pays : Le mouvement social ne devrait pas se terminer sans exiger justice. Les responsables sont connus. Ils sont identifiés, ils doivent être arrêtés et traduits devant les tribunaux. Les blessés doivent être pris en charge par l’État. Au-delà des procédures judiciaires, la nation doit reconnaître la gravité de ce drame. Une journée ...

𝐐𝐔𝐄𝐋𝐋𝐄 𝐎𝐑𝐈𝐄𝐍𝐓𝐀𝐓𝐈𝐎𝐍 𝐅𝐎𝐍𝐃𝐀𝐌𝐄𝐍𝐓𝐀𝐋𝐄 𝐏𝐎𝐔𝐑 𝐋𝐀 𝐃𝐈𝐏𝐋𝐎𝐌𝐀𝐓𝐈𝐄 𝐂𝐎𝐌𝐎𝐑𝐈𝐄𝐍𝐍𝐄

(Un article proposé à " La Gazette des Comores qui n'a pas été publié) Je réagis, comme s’il s’agissait d’un droit de réponse, à l’important article de mon proche ami, Mohamed Djalim Ali, publié dans la Gazette du 15/01/2026 et dont le titre : « ce que doit être la diplomatie comorienne : le réalisme comme boussole ». Dans notre monde gouverné par les lois de la jungle, où les puissants agissent à leur guise pour défendre leurs intérêts, s’interroger sur l’orientation de la diplomatie de notre tout petit Etat mérite d’être salué. Djalim a bien raison de lancer le débat. Malheureusement l’objectif poursuivi semble être la défense d’une France qui perd pied en Afrique. La position de Djalim est explicitée clairement. « La coopération franco-comorienne, malgré ses limites et ses déséquilibres, s’inscrit dans une temporalité longue. Elle concerne des domaines structurants : formation des cadres, appui institutionnel, éducation, santé, sécurité, culture, gestion de la diaspora et ...

𝐔𝐧𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐢𝐛𝐮𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐚𝐮𝐱 𝐚𝐬𝐬𝐢𝐬𝐞𝐬 𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥𝐞 𝐬𝐮𝐫 𝐥'é𝐝𝐮𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧

L’école constitue le socle d’une société Il me semble utile de souligner avec force l’importance de l’école même si l’on peut considérer cela comme des banalités que l’on rabâche à tout bout de champs. Il s’agit d’œuvrer pour une large prise de conscience de la population comorienne.   L’école occupe une place centrale dans la construction du futur d’une société. Elle ne se limite pas à la simple transmission de savoirs : elle façonne les citoyens de demain, leur transmet des valeurs, des compétences et des outils essentiels pour s’insérer dans la vie sociale, économique et culturelle. Une éducation de qualité est l’un des leviers les plus puissants pour lutter contre la pauvreté, améliorer la santé, promouvoir l’égalité hommes-femmes, renforcer la cohésion sociale et assurer la stabilité politique. Elle favorise aussi la compréhension des enjeux politiques et sociaux, encourage la participation citoyenne et contribue à la réduction des inégalités. En somme, l’école est le socl...