Accéder au contenu principal

FUNDI ABOUDOU EST PARTI

La mort brusque d’un être cher surprend, on a du mal à réaliser, on est un peu perdu

Nous étions des amis d’enfance. Nous avons joué ensemble au foot à la plage puis avons fait partie de la première équipe du Coin Nord qui a pris la suite de Lumière. Notre génération avait son coin au village où on jouait aux dominos. Sa sœur, Bweni, qui lui servait de mère douce et dévouée était très proche de ma tante MoinaFatima qui m’élevait. Son grand frère, Wastwa L’Habib, un personnage, chanteur sans voix et philosophe à ses moments perdus, était un chouchou de ma grand-mère Dada. C’est dire combien, ados, on était proche, presque de la même famille.

Puis nous sommes perdus de vue après le bac. Lui à Grenoble dans les sciences physiques et moi à Toulon dans les mathématiques. Sous l’impulsion de Moustoifa, lui comme moi sommes montés à Paris pour renforcer la direction du mouvement patriotique en gestation. Ce furent les années ASEC, années de lutte dans le mouvement étudiant comorien. Il s’était particulièrement illustré par sa capacité à se lier avec l’émigration

Fundi Aboudou fit partie du premier contingent à rentrer au pays en 1978 pour tester la possibilité d’implanter au pays le centre de la révolution démocratique. Il s’imposa rapidement comme un dirigeant de premier plan par son courage, son esprit de suite et son sens de « servir le peuple ». Je l’ai rejoint en 1983 et je découvris avec bonheur la dimension qu’il avait prise. A partir de 1984, un comité permanent de la direction du FD, composé de Moustoifa, Abdou et moi, nous amena à militer tous les jours ensemble, l’un à coté de l’autre. Ses qualités personnelles, gentillesse, fermeté, générosité, modestie m’ont toujours impressionné et me prodiguait des enseignements. Il était un exemple pour moi.

La répression de 1985 ébranla le FD. Les divisions s’étalèrent au grand jour. Il y a ceux qui partirent. Ceux qui restaient s’affrontaient : replier et se reconstituer ou demeurer sur la scène politique pour ne pas risquer de disparaître. Nous n’étions pas dans le même camp. La deuxième alternative portée par Moustoifa et lui l’emporta. Et c’est là, à mon avis, le début de la fin du FD. Car on n’a jamais pu redresser la situation. Le FD perdit peu à peu ce qui faisait son originalité.

J’étais devenu un cheveu dans la soupe au sein du FD jusqu’à la rupture en 2007. J’ai été très surpris quand Fundi Aboudou soutint ma candidature aux présidentielles de l’île de Ngazidja ; une candidature dont la raison principale était de s’opposer à la direction du FD et de montrer au pays que les idées originelles faites de patriotisme n’étaient pas mortes. Je découvris une autre qualité de l’homme. Sa fidélité. Non pas envers moi mais envers Moustoifa. Mais comme moi, il a fini par s’en éloigner.

Il avait fini par se démarquer de l’activité quotidienne du FD. Nous échangions beaucoup sur le devenir du mouvement patriotique. Notre dernière initiative commune fut la création d’un comité des patriotes comoriens en 2010, nous avions un site patriotescomoriens.centerblog.net et un journal MKOMORI. Initiative presque morte née.

Le temps passait. Chaque fois que j’allais à Mitsamihuli, je lui rendais visite et nous échangions toujours sur l’avenir. Malheureusement les divergences s’accusaient. Je n’ai pas réussi à digérer son grand mariage ni sa dernière participation au gouvernement Azali. Il pensait, peut-être avec raison, que l’on ne pouvait pas bâtir une alternative sérieuse à partir du bas, comme on l’avait fait dans les années 1970.

Malgré tout nous sommes restés très proche, plus des frères de combat mais des amis. Il avait cette qualité rare de parvenir à entretenir des bonnes relations avec beaucoup de monde. Je crois pouvoir affirmer qu’il était le dirigeant le plus apprécié des militants du FD et des autres dirigeants de la classe politique comorienne.

Notre dernière rencontre me monte à la gorge. J’étais allé lui faire mes « adieux » à la veille de son départ à Madagascar. Nous avions plaisanté sur nos vieilles carcasses qui ont perdu leur élan de jeunesse, incapable d’ouvrir des perspectives à la jeunesse. Nous ne parlions jamais de nos maladies. Je ne sais donc pas de quoi il est mort.

Je pense à son fils Mwindju, merveilleux garçon si proche de son père, qui se trouve loin en Malaisie pour ses études. Mwindju à qui je tiens à dire ici toute mon affection.

Fundi Aboudou est parti. J’ai perdu un vrai proche. Le mouvement patriotique et révolutionnaire comorien a perdu un de ses piliers inébranlables. Le pays a perdu un grand homme. Sa biographie apporterait beaucoup à la mémoire du pays et à ceux qui cherchent de l’inspiration pour éclairer le futur.

Puisse Dieu l’accueillir dans son paradis.

10/05/2020)


Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

MAORE : OFFENSIVES ANTI COMORIENNES DE LA FRANCE

Après le désastre provoqué par le cyclone Chido, tout le monde attendait de la France, la puissance occupante un plan de reconstruction de Maore. Que nenni. Trois mois après le désastre, le gouvernement français gesticule, fait du bruit sans parvenir à rétablir la situation des plus démunis. L’approvisionnement en nourriture, eau, électricité ne couvre pas tous les besoins, tant s’en faut. Au lieu de chercher des solutions provisoires pour loger les sans-abris, les autorités françaises ont interdit la vente de tôles utilisées pour la construction d’habitat de fortune sans pour autant proposer des alternatives comme les logements provisoires sous des tentes comme cela est d’usage après les catastrophes naturelles. Non, la France traite les Maorais en mendiants dans le cadre de son assistanat et tente de les enfumer en indexant les « clandestins », bouc émissaire de prédilection. Une tactique payante en vogue depuis toujours. Mais le gouvernement français est allé encore p...

𝟏𝟕/𝟏𝟐/𝟐𝟎𝟐𝟓 : 𝐥𝐚 𝐁𝐂𝐂 𝐜é𝐥è𝐛𝐫𝐞 𝐥𝐞 𝐂𝐢𝐧𝐪𝐮𝐚𝐧𝐭𝐞𝐧𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐥’é𝐜𝐨𝐧𝐨𝐦𝐢𝐞 𝐜𝐨𝐦𝐨𝐫𝐢𝐞𝐧𝐧𝐞

Une de ces grandes messes dont le pouvoir Azali a le secret. L’objectif est toujours le même : s’autocongratuler, méthode Coué classique et, peut-être surtout, mystifier la population. Rapprocher la situation du pays en 1975 à celle de 2025, conférait une « fierté nationale », une glorification du chemin parcouru. Penser donc, à peine une dizaine de médecins en 1975 et plusieurs centaines aujourd’hui. Un progrès indéniable mais pour quels résultats. La sanction ne se trouve-t-elle pas dans les multiples voyages sanitaires des citoyens, en commençant par les gouvernants eux-mêmes. 100% de scolarisation, une prouesse mais sabotée par la politique éducative, programme formant des étrangers (voir la Thèse de l’éminent anthropologue comorien Damir Ben Ali ( http://www.damirbenali.com ), par les établissements publics délabrés, par la place et le rôle du privé dans le système éducatif. Tout y est passé pour illustrer des grandes avancées : électricité, eau, infrast...

3ème séminaire gouvernemental : encore une messe d’autosatisfaction

Qui pourrait contester l’opportunité de tenir un séminaire gouvernemental pour évaluer le PCE (Plan Comores Emergent) à travers ses PTA (Plan de travail Annuel) dont l’objectif affiché est de servir « l’intérêt supérieur de la Nation et la volonté commune de bâtir des Comores prospères et paisibles » (Discours du président Azali cité dans Alwatwan du 13/05/2025). La pertinence de la démarche est malheureusement anéantie par des thèses du style « … des transformations structurelles et tangibles ont déjà été engendrées au bénéfice de notre peuple » (propos de la Commissaire au plan rapportés » par la Gazette des Comores du 14/05/2025). Inévitablement la montagne accouchera d’une souris. Comme à son habitude, le pouvoir se congratule dans des messes budgétivores niant complètement une réalité abominable qui pourtant saute aux yeux de tous. Car on n’a pas besoin d’indicateurs sophistiqués pour appréhender la ruine du pays. Oui des nouvelles routes ont été goudronnées mais cela compense-t-i...