Accéder au contenu principal

ÉDUCATION NATIONALE ou DANGER NATIONAL

Samedi 19/09/2020, le ministre de l’éducation nationale, devant un parterre constitué des principaux acteurs du domaine dont ce qu’on appelle ici les « partenaires », s’est congratulé du bon déroulement des examens et des résultats obtenus.

Il prend ainsi le contre-pied des thèses d’un des rares professeurs par vocation du pays, le professeur Chabane Mohamed qui bénéficie de plus de 20 ans dans l’enseignement aux Comores. Ce dernier trouve les résultats du bac « catastrophiques » dans une libre opinion d’Alwatwan (numéro 4006 du 08/09/2020). Il insiste sur la « mauvaise qualité de notre système éducatif » et pointe sur un des problèmes cardinaux de l’heure : le niveau des enseignants dont « une quantité non négligeable, tous niveaux confondus, ne maîtrisent pas le français ...la langue d’enseignement ». Nous sérions selon lui, « le seul pays au monde où tout le monde peut prétendre tenir la craie » en recourant si besoin aux « faux diplômes ».

Dans une autre tribune (Alwatwan n°4015 du 21/09/2020), Chabane appelle à « lutter contre la complaisance » dans l’attribution des notes d’examen, en particulier dans les oraux du deuxième groupe au bac. Pour lui « ce sont des cadeaux empoisonnés » et il affirme « nous n’avons pas le droit de créer une génération ancrée dans les logiques du moindre effort »

Pour le ministre, la cuvée 2020 doit être saluée tandis que pour le prof Chabane, « les années se suivent et se ressemblent ».

Pour le commun des Comoriens, la réalité crève les yeux : l’éducation nationale sombre dans les eaux glacées de l’incurie et de l’irresponsabilité. Avec les conséquences désastreuses que l’on constate partout et à tous les niveaux.

La catastrophe s’exprime de deux façons. La plupart des enfants suivent un parcours scolaire sinueux entre des écoles privées qui n’en ont que le nom et se retrouvent en terminale en situation de quasi illettrée. Chabane Mohamed a décrit dans le détail ce processus qui endeuille le pays. Il y a les « privilégiés » qui se retrouvent dans les écoles privées sérieuses. Ceux-là perdent complètement leurs racines. Imaginez-donc, des enfants comoriens, de parents comoriens, vivant aux Comores, incapable de parler le comorien !? Des enfants qui ignorent tout de leur culture, qui vont continuer l’idéologie d’idolâtrie de l’étranger.

Au total le parcours scolaire de la plupart des enfants jusqu’au bac ne rime à rien, ne forme à rien. Produit dans trop de cas des illettrés. Les classes aisées scolarisent leurs enfants dans des « bonnes » écoles mais au bout du compte, tous les enfants se retrouvent face au chaos qui préside au baccalauréat comorien. Car il ne peut y avoir d’enseignement privé performant sans enseignement public jouant un rôle de locomotive.

Des jeunes « formés » dans cet environnement ne peuvent pas trouver leur place dans le privé. Ils sont obligés de loucher vers une fonction publique au bord de l’explosion. Certains arrivent à se placer par les voies politiciennes mais la plupart d’entre eux perdent leurs temps dans des stages qui confinent à un nouveau esclavagisme d’État. Et puis il y a ceux, de plus en plus nombreux qui optent pour une émigration hasardeuse et très risquée.

Quelle réponse à notre question : éducation nationale ou danger national ? 

Quel avenir pour notre pays ? Jusqu'à quand regarderons nous passivement le délitement du pays ?

Idriss (22/09/2020) 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

MAORE : OFFENSIVES ANTI COMORIENNES DE LA FRANCE

Après le désastre provoqué par le cyclone Chido, tout le monde attendait de la France, la puissance occupante un plan de reconstruction de Maore. Que nenni. Trois mois après le désastre, le gouvernement français gesticule, fait du bruit sans parvenir à rétablir la situation des plus démunis. L’approvisionnement en nourriture, eau, électricité ne couvre pas tous les besoins, tant s’en faut. Au lieu de chercher des solutions provisoires pour loger les sans-abris, les autorités françaises ont interdit la vente de tôles utilisées pour la construction d’habitat de fortune sans pour autant proposer des alternatives comme les logements provisoires sous des tentes comme cela est d’usage après les catastrophes naturelles. Non, la France traite les Maorais en mendiants dans le cadre de son assistanat et tente de les enfumer en indexant les « clandestins », bouc émissaire de prédilection. Une tactique payante en vogue depuis toujours. Mais le gouvernement français est allé encore p...

𝟏𝟕/𝟏𝟐/𝟐𝟎𝟐𝟓 : 𝐥𝐚 𝐁𝐂𝐂 𝐜é𝐥è𝐛𝐫𝐞 𝐥𝐞 𝐂𝐢𝐧𝐪𝐮𝐚𝐧𝐭𝐞𝐧𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐥’é𝐜𝐨𝐧𝐨𝐦𝐢𝐞 𝐜𝐨𝐦𝐨𝐫𝐢𝐞𝐧𝐧𝐞

Une de ces grandes messes dont le pouvoir Azali a le secret. L’objectif est toujours le même : s’autocongratuler, méthode Coué classique et, peut-être surtout, mystifier la population. Rapprocher la situation du pays en 1975 à celle de 2025, conférait une « fierté nationale », une glorification du chemin parcouru. Penser donc, à peine une dizaine de médecins en 1975 et plusieurs centaines aujourd’hui. Un progrès indéniable mais pour quels résultats. La sanction ne se trouve-t-elle pas dans les multiples voyages sanitaires des citoyens, en commençant par les gouvernants eux-mêmes. 100% de scolarisation, une prouesse mais sabotée par la politique éducative, programme formant des étrangers (voir la Thèse de l’éminent anthropologue comorien Damir Ben Ali ( http://www.damirbenali.com ), par les établissements publics délabrés, par la place et le rôle du privé dans le système éducatif. Tout y est passé pour illustrer des grandes avancées : électricité, eau, infrast...

3ème séminaire gouvernemental : encore une messe d’autosatisfaction

Qui pourrait contester l’opportunité de tenir un séminaire gouvernemental pour évaluer le PCE (Plan Comores Emergent) à travers ses PTA (Plan de travail Annuel) dont l’objectif affiché est de servir « l’intérêt supérieur de la Nation et la volonté commune de bâtir des Comores prospères et paisibles » (Discours du président Azali cité dans Alwatwan du 13/05/2025). La pertinence de la démarche est malheureusement anéantie par des thèses du style « … des transformations structurelles et tangibles ont déjà été engendrées au bénéfice de notre peuple » (propos de la Commissaire au plan rapportés » par la Gazette des Comores du 14/05/2025). Inévitablement la montagne accouchera d’une souris. Comme à son habitude, le pouvoir se congratule dans des messes budgétivores niant complètement une réalité abominable qui pourtant saute aux yeux de tous. Car on n’a pas besoin d’indicateurs sophistiqués pour appréhender la ruine du pays. Oui des nouvelles routes ont été goudronnées mais cela compense-t-i...