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MAORE 10 ANS DE DÉPARTEMENT ?

31/03/2011 - 31/03/2021 : 10 ans depuis que Maore est érigée en 101° département français. Pendant longtemps la départementalisation de l’île était brandie par les premiers dirigeants du Mouvement Populaire Maorais comme la panacée du développement de l’île, l’assurance de rompre définitivement avec l’État comorien et de voguer vers le paradis terrestre français.

Il a fallu plus de trente ans, de 1975 à 2011, à cette première génération séparatiste, Marcel Henry, Bamana, Martial Henry, Zaïna Mdere, … pour obtenir enfin cette départementalisation rêvée.

10 ans après le résultat n’est pas brillant. Même si l’on doit reconnaître que la situation des « en-bas-de-en-bas » est meilleure à Maore que dans les autres îles de l’Archipel, on est loin de l’el dorado promis.

Quelques indicateurs clé suffisent à se faire une idée de la réalité de l’île. Les données sont de l’INSEE, tout ce qu’il y a de plus officiel : 77 % de la population maoraise vit au dessous du seuil de pauvreté (2018). Quatre logements sur 10 sont en tôle (2017). Le taux de chômage est de 30 % (2019). Ces données peuvent se trouver très facilement sur le net. On comprend pourquoi le 101° département est le plus pauvre de France, n’a rien à voir avec les autres départements, y compris ceux dits d’outre-mer. D’où l’importante émigration maoraise vers la Réunion. Eh oui la communauté de destin de la population des quatre îles est frappante. Car si les Comoriens de la partie indépendante fuit la misère vers Maore comme point de départ vers un ailleurs meilleur, ceux de la partie annexée, les Maorais aussi s’en vont à la Réunion et/ou la France.

Dans ce survol des 10 ans de départementalisation, on ne peut pas ne pas souligner l’insécurité grandissante, la violence brutale, aveugle qui frappe Maore, endeuille la population. Les autorités françaises semblent largement dépassées. Les facteurs sont nombreux, s’accumulent et on ne semble pas vouloir s’attaquer à la racine des maux.

La misère du grand nombre face aux scintillements des grands magasins, sorte de provocation de la société de consommation.

L’abandon de milliers de gosses livrés à la rue parce que sans parents ou abandonnés

La pratique du bouc émissaire, le « clandestin comorien » comme exutoire. Ce qui envenime encore la situation, induit des pratiques inhumaines : incendie de quartier entier comme à Hamouro, destruction des maisons et mise à la rue de familles entières, existence d’organisation comme celle conduite par Estelle Youssoufa qui appelle pratiquement aux meurtres, etc.

Les pratiques colonialistes qui heurtent de plus en plus des cadres de haut niveau du prétendu 101° département. Mahamoud Azihar, Kordjee et d’autres les dénoncent publiquement. Voir entre autres le livre « Mayotte en sous France ».

Enfin, ce sommet du cynisme et de la cruauté, le visa Balladur, des dizaines de milliers de morts qui touchent toutes les îles. Un visa induisant des rafles policières contre les « clandestins comoriens » qui rappellent Hitler et Vichy. Un visa mur marin pire que celui de Berlin au regard du nombre de morts : plusieurs dizaines de milliers depuis 1995. Une souffrance indicible qui s’accumule. Un crime français contre l’Humanité impuni qui se perpétue depuis plus de 25 ans.

On comprend dès lors que de plus en plus de Maorais s’interrogent et certains en arrivent à rejeter la départementalisation.

Les ultra de la départementalisation ont toujours le vent en poupe, ils ont pignon sur rue, occupent les médias mais ils sont de plus en plus contestés. Mais l’histoire n’est pas finie !

Si le courant patriotique des Youssouf Moussa, Ahmed Soilihi, etc a perdu des plumes face à la répression et aux affectations des militants dans le pacifique « français », d’autres courants ont surgi et expriment leur anti colonialisme de diverses manières. On assiste à l’émergence d’un courant qui réclame l’indépendance de l’île, un double rejet. Rejet de la France colonialiste et rejet d’une Union des Comores misérables et sans perspectives.

Autre phénomène singulier à noter : la chasse à « l’immigré clandestin comorien » heurte de plus en plus de Maorais. Il y a cette Maoraise qui dans une vidéo pleurait à chaudes larmes parce qu’elle aime son île natale, elle veut que son île progresse sur le plan économique et sociale mais elle ne peut pas accepter que ses parents des autres îles subissent tant de discrimination violente. Mais il y a aussi la voix du Dr Martial Henry, un des derniers survivants de la première génération des départementalistes. Sa conscience l’a conduit à dénoncer la chasse aux sorcières des Mansour Kamardine et autres sans les nommer bien sûr. Il s’est trouvé obligé, face aux exactions commises contre les Comoriens des autres îles de rappeler qu’eux ne voulaient pas de l’indépendance, de la rupture avec la France mais ils tenaient aux liens entre les îles, à la sauvegarde des liens familiaux et amicaux entre les populations des quatre îles.

On doit aussi mettre en relief cette tendance grandissante d’artistes (chanteurs, écrivains, ..) et de sportifs maorais qui prônent l’apaisement, l’unité de la nation comorienne et œuvre pour des voies nouvelles vers le développement du pays.

Le séparatisme insulaire comorien est un anachronisme des temps modernes. Y ajouter le néocolonialisme français, cet autre anachronisme du XXI° siècle et on obtient une situation comorienne catastrophique nourrie par une sorte de schizophrénie franco-comorienne qui ferme tous les horizons à l’Archipel des Comores.

La question : mais quand donc surgira une élite patriotique comorienne capable de renverser cet ordre nauséabond qui empêche la population comorienne de respirer ?

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