La grève perdure et semble se durcir. Le temps s’écoule sans reprise des cours, près d’un mois après la rentrée des privés, le public reste fermé. Cela, bien évidemment, suscite l’émoi, chacun y va de son commentaire sur l’éducation, des notables s’en mêlent. Entre d’un coté un ministère qui n’a rien de bien tangible à proposer et qui n’a pas respecté des engagements antérieurs et de l’autre coté des syndicalistes campés sur leurs positions et qui exigent des garanties impossibles à fournir, le dialogue de sourds risque de durer longtemps, voire de conduire à des situations difficiles à imaginer à priori.
Les choses sont bien mal engagées du fait de l’étroitesse des revendications des enseignants. Bien sûr que le salaire est important, bien sûr qu’il faut se bagarrer pour se faire payer, surtout quand on voit la gabegie des « en-haut-de-en-haut ». Mais limiter les revendications au seul salaire ferme les horizons, ne permet d’appréhender l’ampleur de la question de l’éducation nationale, isole la corporation enseignante indexée de gagner sa vie dans le privé au détriment des enfants du public qui eux n’ont aucun recours. Il faudrait à l’occasion de cette grève légitime poser sérieusement la question de l’enseignement aux Comores, il ne s’agit pas de ces messes dont sont friands les experts internationaux, spécialistes de l’aide au développement. Non, il faut une approche uniquement comorienne qui s’inspirera des acquis de toute l’Humanité.
L’enseignement aux Comores est une véritable catastrophe nationale. Le tableau de bord 2006-2007 qui nous sert de référence dans tous les chiffres de cet article est parlant. Premier indicateur : de 94,8% de scolarisation au primaire, on tombe vertigineusement à 40,1% pour le collège et à 30,7% au lycée. Plus de 50% rejetés par le système. Deuxième indicateur lié au précédent : les taux de réussite aux examens.
1996 2007
6ème 44% 47%
BEPC 23% (1997) 29%
BAC 21,37% 21,2%
Et pourtant le nombre et la qualité des enseignants progressent
Enseignants du primaire
Qualification 1996 2007
CAP 184 1611
CAE 483 525
BAC-BEPC 517 837
CG ( ?) 305 201
Autres 19 379
Et c’est encore plus vrai dans le secondaire où le nombre de DEA est passé de 22 à 51 alors que les maitrises ont bondi de 45 à 418.
Pourquoi donc cette descente aux enfers ?
La grève montre que les enseignants sont réellement démotivés par leur situation matérielle, par l’absence de considération du noble métier d’enseignant, par l’inadéquation de l’enseignement au contexte national, etc. La société ne les entend pas. Ces grèves qui ont coulé l’enseignement public devraient être considérées comme des cris de détresse d’une profession en danger. C’est cette mise en avant du seul salaire qui empêche le pays d’entendre. A la décharge des enseignants, il faut dire qu’il y a de quoi se révolter, pas seulement pour l’irrégularité.
Ci-dessous le tableau des salaires moyens
Public Privé
Primaire 35 700 66 676
Collège 88 200 104 380
Lycée 114 212 162 966
Comment, avec un tel niveau de salaire, le pays peut-il croire un seul instant, se payer un enseignement de qualité. Comment ne pas comprendre l’acharnement des enseignants sur cette question des salaires. Il n’y a pas si longtemps un article révéla qu’un simple directeur à Comores Télécom gagnait presqu’un million !? Pendant que notre enseignant est loin de cent mille francs. Un scandale dans un pays sans boussole. Il faut vraiment avoir la foi pour enseigner dans ce pays.
En 2001, le budget de l’éducation nationale était de six milliards. Si on gérait bien cet argent, si on se fixait des objectifs réalistes, on pourrait déjà renverser la tendance à l’irresponsabilité et à la prime à l’incurie. Sans oublier que ce budget pourrait être augmenté de façon volontariste en fonction des priorités du pays.
Il faudrait des vraies assises nationales avec des experts comoriens. C’est à nous de définir le parcours de l’enfant comorien, le niveau de connaissances à acquérir à chaque étape. C’est à nous de définir le contenu de l’enseignement. Non aux feuilles de route générales remplies de lieux communs, il faut une politique concrète qui fixe des objectifs précis pour des périodes spécifiées, qui recueille l’adhésion pour ne pas être soumis aux aléas politiciens.
Il ne faudrait pas calfater, obtenir l’ouverture des écoles et continuer cette dynamique infernale qui condamne les jeunes générations. Un vœu, une prière : puisse cette grève si douloureuse conduire à un sursaut national, il faudrait révolutionner l’éducation nationale.
Idriss (04/11/2011)
Après le désastre provoqué par le cyclone Chido, tout le monde attendait de la France, la puissance occupante un plan de reconstruction de Maore. Que nenni. Trois mois après le désastre, le gouvernement français gesticule, fait du bruit sans parvenir à rétablir la situation des plus démunis. L’approvisionnement en nourriture, eau, électricité ne couvre pas tous les besoins, tant s’en faut. Au lieu de chercher des solutions provisoires pour loger les sans-abris, les autorités françaises ont interdit la vente de tôles utilisées pour la construction d’habitat de fortune sans pour autant proposer des alternatives comme les logements provisoires sous des tentes comme cela est d’usage après les catastrophes naturelles. Non, la France traite les Maorais en mendiants dans le cadre de son assistanat et tente de les enfumer en indexant les « clandestins », bouc émissaire de prédilection. Une tactique payante en vogue depuis toujours. Mais le gouvernement français est allé encore p...
Commentaires