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Comores : La partition de Mayotte : diviser pour mieux régner

Nous publions in extenso l'article "Le démembrement de l’Archipel des Comores comme condition du maintien de la présence colonialiste de l’Etat français" publié dans "Terre et liberté - N°3" - Revue du Secrétariat International de la CNT dont le site web est http://www.cnt-f.org/

L’archipel des Comores recouvre une notion géographique très floue pour la plupart des citoyens français, aux antipodes de l’intérêt historique que l’État accorde à cette partie du monde. En effet les quatre îles qui composent l’archipel — Anjouan, La Grande Comore, Mohéli et Mayotte —, situé à 7800 kms de la métropole entre l’Afrique et Madagascar, constituent pour le pouvoir un véritable enjeu stratégique et économique, ceci depuis le milieu du XIXe siècle, Mayotte devenant territoire français entre 1841 et 1843, période qui voit l’affrontement des différents impérialistes pour se partager le monde. Mais dans la seconde partie du XXe siècle, la région n’échappe pas à la vague des luttes qui mettent en mouvement les peuples colonisés affirmant le droit à leur auto-détermination. Et en 1974, à l’issue d’un référendum 90% des Comoriens se prononcent pour l’indépendance, à l’exception de Mayotte qui s’exprime à 63% en faveur du maintien dans le cadre de la république française. L’indépendance des Comores est alors prononcée de manière unilatérale par le pouvoir comorien, l’État français choisissant d’interpréter les résultats de la consultation électorale île par île et donc de maintenir Mayotte sous sa tutelle. Les instances comme l’ONU ou l’Union Africaine reconnaissent la revendication de l’appartenance de Mayotte à l’Union des Comores mais l’impérialisme français n’en bafoue pas moins le droit international. Cohérent il ne cesse de consolider la partition de l’île et, en 2011, Mayotte devient le 101ème département français, à la suite d’un référendum qui utilise les moyens classiques de division de la population en cultivant par exemple le sentiment des Mahorais d’appartenir à la nation française. Cette pratique impérialiste, illégale du point de vue du droit international, recouvre, aujourd’hui comme hier, des enjeux stratégiques solidement préservés par un dispositif militaire conséquent.

Mayotte/Réunion : terres hospitalières pour les forces armées françaises.

Pas moins de 1600 militaires des Forces Armées de la Zone Sud de l’Océan Indien (FAZSOI) sont basés dans la région, toutes les composantes étant représentées. L’armée de terre comprend le Détachement de la Légion Etrangère de Mayotte (DLEM) ainsi que le 2ème Régiment Parachutiste d’Infanterie de Marine (2RPIM) stationné à Pierrefonds à La Réunion. L’Armée de l’Air comme les forces de la Marine militaire sont également disséminées sur Mayotte, Madagascar ou La Réunion. A Mayotte un régiment a comme objectif de former les Mahorais volontaires afin notamment de les embrigader dans la lutte contre l’immigration irrégulière. Cette présence ne relève nullement du folklore, il s’agit d’un encadrement susceptible de prévenir toute révolte un peu radicale et d’intervenir pour déstabiliser ou conforter, si nécessaire, les institutions régionales. Le passé en témoigne, comme les actions militaires en 1989 [1] ou en 1995 [2]. Mayotte est également une base d’écoute et de surveillance militaire. Ce déploiement permanent de l’institution militaire à Mayotte, et dans la région, est toujours aux services des intérêts de l’impérialisme français dans la tradition du colonialisme classique.

Le profit est au bout du fusil

L’État français poursuit ici des objectifs qui sont multiples. En premier lieu l’occupation coloniale permet le contrôle des voies de transit pétrolier dans le canal du Mozambique, pétrole du Moyen-Orient acheminé vers l’Europe et l’Amérique. Mayotte est également une base d’écoute et de surveillance militaire. En outre il y a une volonté d’appropriation des nouveaux gisements de pétrole et de gaz, détectés au large de Madagascar, dans les îles Eparses, ce qui dans le contexte mondial actuel n’est pas anecdotique. L’annexion de fait de Mayotte, le séparatisme concocté d’avec l’Union des Comores, dissimulent, comme toujours, les intérêts du capitalisme français et cette orientation est partagée par les politiciens de droite comme de gauche. Mais il est vrai qu’en matière de colonialisme la social-démocratie a, depuis plus d’un siècle, toujours accompagné le cours impérialiste du capital, n’hésitant pas à faire exécuter des militants solidaires des luttes de libération nationale, comme celle de Fernand Yveton [3] lors de la révolution algérienne, le ministre de l’Intérieur étant alors… François Mitterrand, icône de l’Insoumis Mélenchon.

Sous les couleurs du drapeau tricolore : Mayotte pays colonisé et sinistré

L’occupation coloniale n’a nullement comme perspective d’améliorer les conditions de vie et de travail du peuple mahorais. Et, de ce point de vue, la réalité est révélatrice : l’île est gérée par des expatriés dans la plus pure tradition coloniale, vivant dans des zones protégées, les « mzungus land » (« le pays des blancs ») et bénéficiant de primes confortables, phénomène qui génère une hausse des prix dans les supermarchés rendant les produits inaccessibles à la population autochtone. Autre facette du vécu colonialiste, les discriminations, la corruption, l’illettrisme, 1/3 des enfants de moins de 15 ans n’est pas scolarisé, 56% des moins de 30 ans n’ont aucun diplôme. Il n’y a pas, contrairement à la vision que voudrait en donner l’État français, un eldorado mahorais triomphant face à la grande misère des Comores. 60 000 logements sont des bangas, cabanes en terre et en tôle [4]. Les services de l’Éducation comme ceux de la Santé souffrent d’un manque d’effectifs chroniques. Sur le plan pratique, la langue française reste une langue d’importation, ignorée d’une grande partie de la population qui parle essentiellement une langue bantoue, le shimaore, ou un dialecte malgache, le shibouski. La langue maternelle, majoritaire ici, est interdite. Contre ces conditions de vie et de travail chaque année des mouvements sociaux témoignent de l’amorce d’une résistance à cette situation.

Mayotte : bunker sous contrôle de la police aux frontières

La moitié des habitants sont considérés comme des illégaux alors qu’ils viennent à 95% des Comores. Depuis des siècles les Comoriens se rendaient indifféremment d’une île à l’autre mais en 1995, le gouvernement Balladur a instauré un visa qui supprime cette liberté de circulation dans l’archipel. Désormais les Comoriens qui entendent se rendre à Mayotte le font de manière clandestine, ils organisent des traversées en mer en empruntant de frêles embarcations, les Kwassas-Kwassas, et ces tentatives s’accompagnent de nombreux drames, de noyades. Une situation semblable à celle que connaissent les migrants qui tentent de rejoindre l’Europe, mais là-bas aucun projecteur médiatique n’est braqué sur le sort des Comoriens : cette souffrance est vécue dans l’indifférence la plus totale. Autre pratique discriminatoire, les retours à la frontière des enfants mineurs, non accompagnés, après un passage en centre de rétention, sont systématiques pratiqués au moyen d’un procédé illégal et arbitraire : l’enfant isolé est affecté à un adulte choisi au hasard, et la loi est bafouée. Ces méthodes utilisées par les autorités se conjuguent avec d’autres actions, celles menées par des « milices de villageois », au nom de « La France aux Français » et qui organisent la traque des Comoriens en situation irrégulière, accusés de l’augmentation de la délinquance. Fermeture des frontières, exacerbation des antagonismes entre les populations, misère généralisée, privilèges des blancs expatriés, telle est la réalité coloniale en pays Mahorais, et naturellement, sur ce terreau, la lutte s’organise.

Là où il y a oppression, il y a résistance

Certes il n’existe pas, aujourd’hui, au sein de l’île de Mayotte un mouvement de masse contre les conséquences de ce colonialisme. Mais des luttes se développent régulièrement sur le plan syndical, notamment contre les pratiques dérogatoires en vigueur sur l’Ile, les populations ne bénéficiant pas des mêmes droits sociaux que ceux qui sont accordés sur l’ensemble du territoire français. Parmi les axes revendicatifs : l’alignement des prestations sociales sur celles de la Métropole, l’application du code du travail, une hausse du RSA. Outre les grèves, ces combats sont accompagnés de révoltes spontanées, de réappropriations de denrées alimentaires dans les magasins. Cette exploitation, cette oppression sont le fruit de l’activité colonialiste de l’État français. Il nous incombe donc, en tant qu’internationalistes de populariser ces luttes, de mettre en place des pratiques de solidarité et de soutien. La CNT entend être partie prenante de cette activité anticolonialiste totalement indissociable de notre lutte pour mettre à bas le vieux monde capitaliste.

Raphaël ROMNÉE, secrétariat international de la CNT

Commentaires

Unknown a dit…
https://www.facebook.com/yann.be.9/posts/1275195779292899

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