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Quelle issue à la crise ?

Et quelle crise ? Je crois que jamais le pays n’a connu une période aussi sombre. La crise est générale. Aucun éclairage de l’avenir.

Crise sociale dont les indicateurs sont incontestables.

L’école. Personne ne croît à l’école publique. N’y vont que les « marentsi », les en-bas-de-en-bas les plus démunis. Chacun se bat pour envoyer ses enfants dans le privé. Des écoles privées pratiquement sans contrôle, l’enseignement réduit dans la plupart des cas à de la marchandise banale. Résultat des diplômes sans valeur ; des universitaires incapables d’aligner une phrase correcte en français, la langue d’enseignement.

La santé. On assiste à un sauve qui peut vers l’étranger. Les citoyens font de moins en moins confiance à l’hôpital publique, les cliniques privées se multiplient sans véritable plateau technique et donc pas de soin de qualité, sans condition d’hospitalisation acceptable, etc.

Les services publics. Un chaos qui règne depuis belle lurette sur le peu de services proposés. Ils se limitent à la distribution de l’électricité et de l’eau qui demeure jusqu’ici toujours aléatoire.

La misère. La pauvreté s’étend. De plus en plus de difficultés à gagner sa nourriture quotidienne pour les « en-bas-de-en-bas ». Aucun indicateur pour mesurer un taux de chômage critique. Aucune prestation sociale de quelque niveau que ce soit. Les gens s’agrippent sur les apports de l’émigration et se débattent dans l’informel.

Le pouvoir semble s’enfermer dans une sorte d’autisme qui le condamne à plus ou moins court termes

Mais la crise est aussi et peut-être surtout politique.

Le pays a traversé des périodes dures depuis l’indépendance. Ne serait ce que les dix années sous les mercenaires. Mais jamais la fracture entre le pouvoir et l’opposition n’est allée aussi loin. Il n’y a jamais eu autant de dirigeants politiques en exil. Il n’y a jamais autant d’étalage de haine.

Azali n’entend que ses proches, ne voit rien même quand les gens quittent les mosquées à son arrivée. Azali se moque de la diaspora qui manifeste depuis plus d’un an. La dissolution illégale de la Cour Constitutionnelle en 2018 a inauguré une ère nouvelle. Un simple fonctionnaire a pu emprisonner un ancien chef de l’État !. Les libertés d’expression et d’organisation sont étouffées. Le CRC peut manifester à souhait mais personne d’autre ne peut tenir un rassemblement, même dans des lieux privés. Azali agit à sa guise comme s’il pouvait absolument faire tout ce qu’il veut.

Des hommes meurent dans des circonstances troubles, impliquant parfois les forces armées, sans suite. Des dirigeants politiques de premier plan comme des simples citoyens croupissent en prison des années durant sans procès, parfois même sans chef d’accusation. Rien n’y fait. Azali et les siens avancent, se congratulent de leurs réalisations sous le slogan démagogique de l’émergence.

De son coté l’opposition officielle brille par son incompétence, son manque d’idées et ses incohérences, faisant le jeu d’Azali.

Elle a boycotté le référendum sous prétexte qu’Azali allait bourrer les urnes mais elle est allée aux élections présidentielles et encore en rangs dispersés. Elle apparaît comme un rassemblement d’égo démesuré. Le pire me semble-t-il, c’est d’avoir réussi à récupérer « yedaula ya haki », un mouvement qui apparaissait prometteur, qui avait éveillé nombre de jeunes et qui à ses débuts se méfiait des politiciens exilés.

Cette opposition a fixé d’innombrables échéances sans se donner les moyens de les atteindre. La dernière étant celle du 26 mai. Elle fait aussi dans l’autosatisfaction. Entre faire partir le président Azali et une petite manifestation le fossé est énorme.

Et que dire de la dernière trouvaille : les gouvernements en exil. Des nominations qui suscitent une incrédulité quasi générale. Non seulement parce qu’elles témoignent de la division (plusieurs « présidents ») mais comment ne pas s’interroger sur un gouvernement en exil qui vraisemblablement ne sera reconnu par aucun État, n’aura pas de siège. D’où proviendront ses ressources ? De quelle capacité d’action que n’avait pas le « front commun ». Cela confine à une mauvaise farce qui déshonore.

Cette opposition unie sur rien en dehors du renversement d’Azali. Cette opposition qui réduit la politique à de la haine entre dirigeants, cette opposition n’a plus de crédit et de plus en plus de gens sombrent dans le pessimisme.

Au total rien à se mettre sous la dent. Le pays ploie sous un pouvoir autocratique qui peu à peu verse dans une dictature de la pire des espèces. Le pays s’enfonce dans la crise sans savoir où donner de la tête. L’on ne doit pas perdre espoir. Au contraire on se doit de réagir. La question doit être comment faire surgir un parti politique sur des bases patriotiques solides, un parti capable de porter les aspirations du peuple comorien.

Jusqu’ici les partis politiques se créent autour de personne. Aucun parti et mouvement n’avance un programme. On se demande sur quoi leurs militants se regroupent. Il est clair qu’il faut rompre avec cette pratique.

Voilà pourquoi la plateforme UKOMBOZI.NET appelle à une élaboration collective d’un programme politique avant toute création d’une organisation quelconque. La vision est claire et se décline en trois étapes. Premièrement permettre à tous ceux qui veulent que ça change et qui sont convaincus qu’il faut commencer par le programme de collaborer. Que chacun sans aucun ostracisme puisse apporter sa contribution à cette œuvre collective. Deuxièmement créer un mouvement dont l’objectif est de populariser le programme, le parfaire au contact des Comoriens de toutes les couches sociales, en faire une arme aux mains des plus démunis et de tous ceux engagés dans le combat pour sortir notre pays de la déchéance. Troisièmement fonder le parti sur le programme et partir à la conquête du pouvoir.

Ukombozi créé en février 2021 est fragile. Il a besoin du concours de tous les patriotes, les démocrates et les révolutionnaires. Ne laissez pas cette piste se fermer.

Idriss (31/05/2021)


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