Accéder au contenu principal

Lettre ouverte au président français

"A l'occasion du déplacement en août 2014 aux Comores du président francais pour le sommet de la Commission de l'Océan Indien, Aboubacar Said Salim, une des belles plumes comoriens, une des voix des sans-voix comoriens, a adressé une lettre ouverte à François Hollande que nous publions intégralement ci-dessous"

Monsieur le Président,

Je vous ferai tout d'abord remarquer que je ne vous donne pas de Son Excellence ni ne mets une majuscule à président comme c'est la coutume dans nos contrées ! Je pense que le titre de président de la République est le plus élevé qu'un dirigeant politique puisse avoir et c'est à ce titre qu'en tant que citoyen Comorien, ami raisonné de la France, je m'adresse à vous à travers la présente.

Sachez que l'histoire mouvementée des relations entre votre pays et le mien a toujours connu des accélérations regrettables sous les régimes socialistes et vous le savez mieux que moi vous qui êtes l'héritier de Monsieur Mitterrand ce sphinx politique qui a su pasticher à la fois Jaurès et De gaulle dans sa façon de gouverner mais à la manière Canada Dry !

Dans d'autres circonstances et en d'autres temps l'arrivée d'un président de la République Française, aurait été signe d'espoir de changement, ou plutôt de correction de la faute politique qu'un lobbying de droite et d'extrême droite a fait commettre à la République contre ses propres intérêts dans le long terme et contre l'intérêt d'un peuple qui se croyait ami de la France, le peuple Comorien, et ceci dans le court et moyen terme. Vous n'ignorez pas en votre qualité de président de la République Française, les déchirements et les drames que la soustraction frauduleuse de Mayotte à son ensemble politique et géographique, et l'érection du nouveau mur liquide de Berlin que représente le visa Balladur nommé ici à juste titre le « visa pour la mort » ont comme conséquences dans le développement ou plutôt la stagnation des Comores et la destruction de la cohésion nationale et sociale pour ce même peuple réparti sur 4 îles .

Mais cyniquement et vous le savez bien, cette stagnation et cette destruction de la cohésion nationale et sociale sert parfaitement votre dessein d'éloigner Mayotte des autres îles indépendantes à la manière de Haïti et de St Domingue.

Vous créez ainsi un semblant d'opulence toute artificielle à Mayotte et une misère criante dans les autres îles avec l'aide empressée de dirigeants qui ont votre faveur et qui pensent plus à leurs portefeuilles qu'au bien-être du peuple.

Vous vous rappelez sans doute de l'Etat de l'Allemagne de l'Est sous la guerre froide et le mur de Berlin et connaissez aussi bien son Etat actuel. Ceci doit vous interpeller et vous faire cesser l'illusion d'une politique de co-développement qui n'est qu'un gouffre de l'argent du contribuable Français et une forme nouvelle d'humiliation du peuple Comorien des trois autres îles libérées ! Vous savez très bien que si vous ne contrôlez pas politiquement un peuple vous ne contrôlerez pas sa marche vers le développement. Déjà la France hexagonale dont vous avez la charge connaît malgré vous une récession économique et c'est votre coopération avec des pays souverains comme la Chine ou les Etats-Unis qui vous apporte un peu d'oxygène, et non une quelconque coopération avec la Corse , le Pays Basque ou l' Etat de Washington !

L'histoire est un juge sévère et les faits historiques et politiques sont si têtus qu'ils finissent toujours par nous rattraper. Ce qui se passe aujourd'hui entre la Russie, l'Ukraine et la Crimée devrait vous servir de leçon pour ce qui est de Mayotte. Plutôt que d'agir dans le sens d'un éloignement de plus en plus accentué d'avec les Comores en en faisant d'abord un département Français puis une RUP , l'intérêt bien compris de la France serait de calmer les ardeurs de nos frères Mahorais dans leur haine des autres îles et de leurs ressortissants, haine avouez le, savamment distillée par la politique forcément coloniale menée à Mayotte par votre pays et qui consiste à stigmatiser le « Comorien » et plus particulièrement l' « Anjouanais » en tant que le bouc émissaire , le mangeur du pain des Mahorais , comme au 19è siècle on a stigmatisé le Juif en Europe comme la source de tous les malheurs . Permettez, monsieur le président, que je vous rapporte une anecdote, celle d'un boulanger dans un petit village qu'on va situer en Auvergne et que les habitants n'aimaient pas beaucoup car il ressemblait à un Juif Ils l'accusaient de tricher sur le poids du pain et d'autres malversations inventées pour la circonstance. A force, la haine monta grâce au levain de la calomnie et du mensonge, si bien qu'un beau matin il n'y avait plus de pain au village ! Le boulanger Juif qu'on accusait entre autre de venir manger le pain des Français, était parti. Cette anecdote correspond bien à la situation des Comoriens des autres îles sœurs et leur statut à Mayotte il suffirait de remplacer Juif par Comorien ou Anjouanais.

Dans la précipitation de la France pour asseoir des raisons de la forfaiture politique de l'occupation illégale de Mayotte , elle a comme du temps de l'esclavage et du Code Noir déformé les faits en faisant de Mayotte une île habité par des chrétiens et des malgaches , faisant de la minorité visible comme on dit chez vous la majorité des habitants de Mayotte.

Je ne reviendrai pas sur les exactions et les combinaziones de l'administration coloniale françaises qui ont précédé la montée du mouvement pour l'indépendance, contre les tenants de l'unité nationale qu'on appelait à l'époque les « serrer-la-main », je ne reviendrai pas sur la chasse au sorcière dont ils sont été victimes , je ne reviendrai pas sur la déformation des résultats du fameux référendum de 1974 , par la suppression de plusieurs bureaux de votes où le oui à l'indépendance l'avait emporté !

Un jour pas trop lointain je l'espère, les archives de ces évènements nous révéleront la vérité ! Et cette vérité ne pourra que faire honte aux politiciens Français !

Monsieur le président, vous ne serez pas le bienvenu à Moroni car vous raviverez les douleurs des familles des morts en kwassa et elles sont nombreuses et la date de votre arrivée, si vous arrivez finalement sera assimilée à la Toussaint fête bien connue chez vous de Commémoration des morts. Et si pour votre plan de transformation de la COI en entité des îles de l'Océan Indien pour faire jouir à Mayotte les avantages d'un Etat qu'il n'est pas ou du moins pas encore, vous poussent malgré tout à braver la rancœur et la colère de tout un peuple ; sachez Monsieur le président que vous risquez d'avoir un accueil plus chaud que chaleureux de la part du peuple Comorien que ne peut en aucun moment cacher les sourires convenus et les poignées de mains obséquieuses des dirigeants qui vous accueilleront.

A moins, oui à moins que vous n'apportiez dans vos valises au minimum la levée du visa pour la mort, le visa Balladur !

Dans cet espoir et dans l'attente de sa réalisation, je vous prie de croire monsieur le président de la République Française, en l'expression de mes sentiments sincères et respectueux.

Aboubacar Ben SAID SALIM
Ecrivain
Chevalier du Croissant vert
Membre du Mouvement Citoyen

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

𝐕𝐈𝐂𝐓𝐎𝐈𝐑𝐄 𝐄𝐓 𝐋𝐄Ç𝐎𝐍𝐒 𝐃'𝐔𝐍𝐄 𝐒𝐄𝐌𝐀𝐈𝐍𝐄 𝐃𝐄 𝐂𝐎𝐋𝐄𝐑𝐄 𝐀𝐔𝐗 𝐂𝐎𝐌𝐎𝐑𝐄𝐒

Pendant une semaine, les Comores ont vécu un mouvement social massif sans précédent durant ces vingt dernières années. La flambée des prix des carburants a agi comme une étincelle dans une société déjà éprouvée par la vie chère, le chômage, l’affaissement des services publics et une gouvernance autocratique sans perspectives autre que le pillage des deniers publics. Encore des assassinats ! La mort confirmée d’au moins un jeune manifestant constitue un fait gravissime. Une fois encore, les forces de sécurité ont répondu à une mobilisation populaire par la violence, l’humiliation et le sang. Ce scénario est devenu tristement habituel dans notre pays : Le mouvement social ne devrait pas se terminer sans exiger justice. Les responsables sont connus. Ils sont identifiés, ils doivent être arrêtés et traduits devant les tribunaux. Les blessés doivent être pris en charge par l’État. Au-delà des procédures judiciaires, la nation doit reconnaître la gravité de ce drame. Une journée ...

LA COI : L’ARME FATALE DE LA FRANCE CONTRE LES COMORES

Le 8 juin 2026, le sommet de la COI s’est tenu comme de coutume. Le ministre comorien affirmant haut et fort Mayotte comorienne et la ministre française cherchant à noyer le poisson dans l’eau avec son intégration de Maore dans la COI. Un peu d’histoire pour appréhender précisément la stratégie française En 1975, la France était complètement isolée. Le maintien de Maore sous sa domination coloniale soulevait l’indignation générale. Les référendums organisés à Mayotte en 1976 furent des mascarades. On ne légitime pas une situation contestée en organisant des consultations locales sous contrôle de la puissance qui en tire bénéfice. Aucune crédibilité donc au prétendu « choix des Maorais à rester français ». A cela il faut ajouter la falsification ubuesque du droit international par la France. En effet Il n’y a pas, d’un côté, l’intégrité territoriale des Comores, et de l’autre, un hypothétique “droit du peuple maorais à disposer de lui-même”. Cette symétrie est une const...

𝐐𝐔𝐄𝐋𝐋𝐄 𝐎𝐑𝐈𝐄𝐍𝐓𝐀𝐓𝐈𝐎𝐍 𝐅𝐎𝐍𝐃𝐀𝐌𝐄𝐍𝐓𝐀𝐋𝐄 𝐏𝐎𝐔𝐑 𝐋𝐀 𝐃𝐈𝐏𝐋𝐎𝐌𝐀𝐓𝐈𝐄 𝐂𝐎𝐌𝐎𝐑𝐈𝐄𝐍𝐍𝐄

(Un article proposé à " La Gazette des Comores qui n'a pas été publié) Je réagis, comme s’il s’agissait d’un droit de réponse, à l’important article de mon proche ami, Mohamed Djalim Ali, publié dans la Gazette du 15/01/2026 et dont le titre : « ce que doit être la diplomatie comorienne : le réalisme comme boussole ». Dans notre monde gouverné par les lois de la jungle, où les puissants agissent à leur guise pour défendre leurs intérêts, s’interroger sur l’orientation de la diplomatie de notre tout petit Etat mérite d’être salué. Djalim a bien raison de lancer le débat. Malheureusement l’objectif poursuivi semble être la défense d’une France qui perd pied en Afrique. La position de Djalim est explicitée clairement. « La coopération franco-comorienne, malgré ses limites et ses déséquilibres, s’inscrit dans une temporalité longue. Elle concerne des domaines structurants : formation des cadres, appui institutionnel, éducation, santé, sécurité, culture, gestion de la diaspora et ...