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(Un article proposรฉ ร  "La Gazette des Comores qui n'a pas รฉtรฉ publiรฉ)

Je rรฉagis, comme s’il s’agissait d’un droit de rรฉponse, ร  l’important article de mon proche ami, Mohamed Djalim Ali, publiรฉ dans la Gazette du 15/01/2026 et dont le titre : « ce que doit รชtre la diplomatie comorienne : le rรฉalisme comme boussole ».
Dans notre monde gouvernรฉ par les lois de la jungle, oรน les puissants agissent ร  leur guise pour dรฉfendre leurs intรฉrรชts, s’interroger sur l’orientation de la diplomatie de notre tout petit Etat mรฉrite d’รชtre saluรฉ. Djalim a bien raison de lancer le dรฉbat.
Malheureusement l’objectif poursuivi semble รชtre la dรฉfense d’une France qui perd pied en Afrique. La position de Djalim est explicitรฉe clairement. « La coopรฉration franco-comorienne, malgrรฉ ses limites et ses dรฉsรฉquilibres, s’inscrit dans une temporalitรฉ longue. Elle concerne des domaines structurants : formation des cadres, appui institutionnel, รฉducation, santรฉ, sรฉcuritรฉ, culture, gestion de la diaspora et accรจs indirects aux mรฉcanismes europรฉens. … A l’inverse, l’intรฉrรชt croissant manifestรฉ par des puissances comme la Chine ou la Russie s’inscrit dans des logiques globales qui dรฉpassent largement le cadre comorien ». Le choix de la France est donc « un choix pragmatique fondรฉ sur la connaissance mutuelle, la proximitรฉ humaine et linguistique et l’existence de canaux de dialogue รฉprouvรฉs ».
Manifestement Djalim s’inscrit dans le narratif franรงais. Son recul serait l’ล“uvre malรฉfique de puissances hostiles qui veulent lui ravir sa place. Ce ne sont pas les pays et les peuples qui rejettent ses pratiques dominatrices et arrogantes, non. Ce sont les manigances de la Chine et de la Russie. Pour la France un pays africain ne peut pas รชtre souverain. Il doit obligatoirement se choisir un maรฎtre. S’il n’est pas sous sa coupe, il tombera sous celle d’une autre puissance. Djalim invite donc les Comores ร  un « choix pragmatique » la France. Une attitude qui interroge.
En tout cas la fragilitรฉ de notre pays et l’aspiration profonde de notre peuple ร  l’indรฉpendance et ร  la libertรฉ exigent que notre diplomatie soit inventive, judicieuse. Elle doit intรฉgrer la complexitรฉ du monde, analyser les positions concrรจtes des uns et des autres sur les questions stratรฉgiques concrรจtes qui nous concernent et en jouer avec finesse. Elle ne doit pas nous enfermer dans des logiques simplistes du style choisir de nous placer sous un pays puissant, en rรฉalitรฉ sous domination.
Sur la question de Mayotte, par exemple, on doit pouvoir mettre ร  profit les positions de la Chine et de la Russie alors que ce ne sera peut-รชtre pas le cas sur d’autres questions comme le dรฉveloppement รฉconomique ou la protection de l’environnement. Nous devons savoir naviguer avec intelligence.
Notre option fondamentale devrait nous mener vers le camp des pays africains souverainistes. A cet รฉgard, notre diplomation devrait รชtre tournรฉe vers la participation de notre pays dans la construction de grands ensembles africains, des fรฉdรฉrations ou confรฉdรฉrations qui pourront tenir tรชte aux grandes puissances. En attendant nous devons jongler. Tel devrait รชtre notre « boussole »
Ceci รฉtant, il me semble utile de revenir sur les caractรฉrisations รฉtonnantes de la coopรฉration franco comorienne par Djalim !
« Structurante », elle l’est incontestablement. C’est le rรฉsultat de cette « temporalitรฉ » de plusieurs siรจcles de domination coloniale et nรฉocoloniale. Ses « leviers, souvent discrets, peu spectaculaires mais dรฉterminants pour la stabilitรฉ et la capacitรฉ de projection d’un Etat tel que le nรดtre » ont structurรฉ notre pays. Quel bilan aprรจs un demi-siรจcle de coopรฉration franco comorienne ? Une catastrophe !
Djalim pourrait se retourner vers les gouvernants comoriens et ses responsabilitรฉs รฉcrasantes sur ce qui arrive ร  notre pays. Certes mais il faut bien situer les responsabilitรฉs entre un maรฎtre et un serviteur. Chacun sait le rรดle jouรฉ par la France pour leur avรจnement au pouvoir. Chacun sait les pressions en tout genre des gouvernants franรงais sur les Chefs d’Etat comoriens.
Au bout du compte, Djalim considรจre comme simpliste d’indexer la France, ce serait selon lui, une faรงon commode de nous dรฉgager de nos responsabilitรฉs, ce serait de l’รฉmotion. Alors qu’il s’agit d’une claire conscience de la place et du rรดle de la France en tant qu’ancienne puissance colonisatrice du pays qui maintient une partie de notre territoire sous sa coupe, en tant que puissance nรฉo coloniale dominant la partie du pays dite indรฉpendantes.
Sans cette claire conscience, pas de combat consรฉquent contre les gouvernants comoriens, pas de projet cohรฉrent pour libรฉrer le pays, gagner en souverainetรฉ et รฉdifier un pays oรน il fera bon vivre.
En tout รฉtat de cause, notre diplomatie doit batailler pour se mรฉnager des espaces de souverainetรฉ.
Idriss 19/01/2026

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