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𝐕𝐈𝐂𝐓𝐎𝐈𝐑𝐄 𝐄𝐓 𝐋𝐄Ç𝐎𝐍𝐒 𝐃'𝐔𝐍𝐄 𝐒𝐄𝐌𝐀𝐈𝐍𝐄 𝐃𝐄 𝐂𝐎𝐋𝐄𝐑𝐄 𝐀𝐔𝐗 𝐂𝐎𝐌𝐎𝐑𝐄𝐒

Pendant une semaine, les Comores ont vécu un mouvement social massif sans précédent durant ces vingt dernières années. La flambée des prix des carburants a agi comme une étincelle dans une société déjà éprouvée par la vie chère, le chômage, l’affaissement des services publics et une gouvernance autocratique sans perspectives autre que le pillage des deniers publics.

Encore des assassinats !

La mort confirmée d’au moins un jeune manifestant constitue un fait gravissime. Une fois encore, les forces de sécurité ont répondu à une mobilisation populaire par la violence, l’humiliation et le sang. Ce scénario est devenu tristement habituel dans notre pays :

Le mouvement social ne devrait pas se terminer sans exiger justice. Les responsables sont connus. Ils sont identifiés, ils doivent être arrêtés et traduits devant les tribunaux. Les blessés doivent être pris en charge par l’État.

Au-delà des procédures judiciaires, la nation doit reconnaître la gravité de ce drame. Une journée de deuil national devrait être organisée. Non comme un geste symbolique vide, mais comme un hommage de la nation aux jeunes combattants disparus et un moment de réflexion collective sur le rôle des forces armées dans une République. Les militaires doivent être formés et éduqués au respect des citoyens, ils ne sont pas au service d’un pouvoir mais de la nation. Leur rôle est d’assurer les libertés publiques et le droit de manifester.

Une victoire importante mais la vigilance s’impose

Le gouvernement a cédé. Preuve s’il en fallait que seule la lutte paie.

Mais le gouvernement parle de recul provisoire. Une révélation : le pouvoir a cédé sous une pression qui pouvait l’emporter, mais il n’a pas changé de cap.

De plus, les causes fondamentales de la crise demeurent intactes : dépendance aux importations, stockage insuffisant, et faible marge de sécurité en cas de retard maritime. Dette abyssale de l’Etat envers la SCH (15 milliards en 2023 suivant un rapport de la Banque Centrale des Comores)

Au total la faillite de la SCH ne s’est pas volatilisée. La nécessité de la renflouer demeure.

Peut-on croire que le gouvernement Azali et fils va changer d’optique et engager les réformes de fond indispensable au redressement de la situation économique du pays ? La guerre structurelle contre la vie chère et la précarité n’est pas remportée définitivement.

Les syndicats ont tenu ; les politiques ont manqué le rendez-vous

Pendant près d’une semaine, le pays s’est trouvé dans une situation quasi insurrectionnelle. La contestation dépassait largement la seule question du carburant. Elle exprimait un rejet plus profond du mépris social, de la pauvreté chronique et de l’absence de perspectives.

Malheureusement les forces politiques d’opposition n’ont pas cherché à donner une perspective au mouvement. Au lieu de transformer cette colère sociale en débat politique national sur la gouvernance, l’État, les institutions et le modèle économique, elles se sont contentées d’accompagner les grévistes à distance. Des nouveaux partis ont proposé quelques réformettes techniques qui frisaient le ridicule.

Or les grands mouvements populaires ont besoin d’un horizon politique. Sans cela, ils obtiennent parfois des concessions immédiates, mais ils ne transforment pas durablement les rapports de force.

Le peuple comorien a montré cette semaine sa capacité de mobilisation et de résistance. Il a contraint le pouvoir à reculer. Mais il lui manque les outils indispensables à se libérer du système colonial et néo colonial, à savoir des vrais partis politiques révolutionnaires.

Idriss (17/05/2026)

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