Je
réagis, comme une sorte de droit de réponse, à l’important article de mon
proche ami Mohamed Djalim Ali publié dans ALFAJR du 26/11/2025.
« Pendant
cinquante ans, certains Comoriens ont transformé cette cause nationale
(Mayotte) en totem politique, en slogan commode qu’on brandit dans les discours
officiels mais qu’on n’accompagne jamais d’une stratégie sérieuse, continue,
professionnelle » Car, soutient-il, à juste titre que dire que « Mayotte
est comorienne ne suffit plus. »
Pour
lui l’explication se trouve dans une « PATHOLOGIE DU BOUC EMISSAIRE »,
le titre de son article. Quel diagnostic pose-t-il ? Il en évoque
trois : «
-
Réduction des problèmes complexes à une explication simpliste : la France
est responsable de tout
-
Indignation sélective, on dénonce la France mais on ne parle jamais des
responsabilités des gouvernements
-
Une diplomatie vulnérable, un nationalisme émotionnel sans stratégie
- une
absence de vision, on défend Mayotte comme un symbole mais pas comme un projet
d’avenir
Quelle
préconisation recommande-t-il ?
« Mayotte un dossier géopolitique majeur, une vraie stratégie doit reposer
sur quatre piliers :
1.
Une
diplomatie technique juridique de haut niveau capable de mobiliser
2.
Un
état comorien crédible avec des institutions transparentes stables
3.
Une
stratégie économique d’intégration régionale
4.
Une
politique migratoire et éducative sérieuse
SI je
peux globalement partager les préconisations qui ciblent l’Etat comorien, ses
responsabilités et l’orientation stratégique que devrait suivre nos
gouvernants, je suis loin de souscrire à la théorie de la « pathologie du
bouc émissaire » qui vise à atténuer la place et le rôle de la France dans
tout ce qui arrive à notre pays et spécialement sur l’occupation de l’île
comorienne de Mayotte et décrédibilise les patriotes, ces « élites
comoriennes (qui) ont préféré la démagogie à la stratégie » qui se
limitent à des « communiqués indignés »
Djalim
nous dit que la France met en œuvre une stratégie pointue dans la défense de
ses intérêts pas les Comores et que l’on ne peut pas le reprocher à la France.
Mais cela légitime-t-il pour autant ses crimes contre notre peuple ? On
doit dénoncer sa stratégie dont les effets néfastes sont visibles pour qui n’a
pas fermé volontairement les yeux. Ces dizaines de milliers de Comoriens
disparus sur le bras de mer Anjouan – Mayotte, cette plaie béante sur le front
de tout Comorien ne peut pas avoir de justification valide.
Par
ailleurs comment Djalim peut-il ignorer qu’au fond, les gouvernants comoriens
sont installés et soutenus par la France. Hier directement par coups d’Etat et
aujourd’hui subrepticement. Comment un « enseignant chercheur » ne
saisit pas que la politique suivie par les gouvernants comoriens ne peut pas
aller réellement contre les volontés de la France par peur d’être renversés.
C’est une évidence dans le pré carré africain de la France même si les choses
sont en train de changer.
Il est
évident que les gouvernants comoriens ont une lourde part de responsabilité, la
corruption à grande échelle est de leur fait, ainsi que l’absence de services
publics, l’âpreté de la dictature, le laisser-aller des responsabilités
régaliennes, etc.
Il n’en
reste pas moins que « la France est le principal responsable » de
tous nos malheurs. C’est loin d’être du simplisme. C’est la conscience claire
de la position de la France en tant qu’ancien colonisateur du pays et qui
maintient encore sous sa coupe une partie du territoire national, en tant que
puissance néocoloniale qui domine la partie dite indépendante. Le nier c’est
faire preuve d’aveuglement ou prendre fait et cause pour l’impérialisme
français.
D’ailleurs
je suis stupéfait par cette reprise du narratif impérialiste français du style
« on veut récupérer Mayotte, un rocher, mais on oublie » sa
population
Enfin
il ne suffit pas de réclamer une stratégie ! Pour sa part le Comité Maore
qui se bat quotidiennement depuis 2005 s’est doté d’une stratégie claire qui
correspond à sa place et son rôle dans l’échiquier social et politique du pays
:
-
Sensibiliser
le peuple, veiller à ce que la question de l’île comorienne de Mayotte ne passe
pas aux oubliettes
-
Amener
les autorités comoriennes en place à réagir au mieux face aux initiatives de la
France
-
Se
battre pour que le président Azali sorte du dialogue bilatéral et engage une
bataille pour que la question de Mayotte soit débattue lors des AG de l’ONU
-
Milite
depuis le début pour que la question de Mayotte soit considérée comme une cause
nationale au-dessus de toutes les contradictions et donne lieu à un front uni
national autour d’une stratégie que devra suivre tout pouvoir en place
Idriss (17/01/2026)
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