A la veille de la célébration du 51ème
anniversaire de l’indépendance, il est manifeste que l’état du pays est
déplorable voire calamiteux. Ces interminables files d’attente devant les
stations en donne un aperçu saisissant. De plus chacun mesure l’impact des
pénuries de carburant sur tous les aspects de la vie des citoyens.
Mais il ne s’agit pas d’un coup de tonnerre dans un ciel
serein. Car chacun vit douloureusement dans son quotidien les coupures
intempestives d’électricité, y compris dans la capitale ; le manque
général d’eau courante, y compris et peut-être surtout, dans la capitale ;
le système de santé défaillant à l’origine de ces innombrables voyages
sanitaires ; l’enseignement public sacrifié ; les routes dégradées
malgré les réfections effectuées ; l’unique aéroport international d’un
autre âge sans oublier l’absence de connexion directe avec les pays de la
région ; Les liaisons inter îles, par mer et par air, rares, irrégulières
et coûteuses ; etc. La résilience du peuple comorien semble sans limite.
Mais au fond il n’en est rien. En témoigne cette colère grandissante qui a déjà fait de 2026 une année qui rentrera dans
l’Histoire du pays comme une année de luttes sociales marquantes. Elle a
commencé avec la formidable et longue grève des contractuels de l’hôpital El
Maarouf dont la détermination sans faille est venue à bout des manœuvres dilatoires
de la direction et du ministère.
Puis vint la grève quasi générale, sans précédent, contre la
montée des prix des hydrocarbures, un mouvement conduit avec fermeté et
maturité. Le pouvoir Azali en fut ébranlé et s’est trouvé contraint de reculer.
Mais il n’y a pas eu que ces mouvements d’envergure qui ont
secoué le pays. On doit aussi mettre en relief les grèves, quoique
traditionnelles, des enseignants ; le nouvel éveil lycéen s’exprimant dans
les rues de la capitale ; les vives réactions des journalistes face aux
nombreuses tentatives de les museler et ou de les mettre au pas.
D’autres faits singuliers méritent d’être soulignés :
le sit-in des commerçants floués par l’ONICOR (office chargé du riz) qui
attendent depuis des années d’être remboursés faute d’avoir reçu le riz
commandé. Puis le mouvement informel et divers autour de l’évacuation à
l’étranger du président-détenu Sambi pour recevoir des soins appropriés au
regard de la gravité de son état de santé.
Si durant cette agitation sociale, les organisations dites
de la société civile ont été sur les devants de la scène, les politiques ont
brillé par leur marginalité. Les organisations politiques ne sont manifestement
pas à la hauteur, elles se révèlent incapable de transformer la colère sociale
en alternative crédible.
L’opposition traditionnelle, fragmentée, souvent discréditée
se complait dans sa routine inconséquente : conférence de presse pour les
uns, tribune dans FCB FM pour les autres.
Quant aux nouveaux partis antisystèmes, USHE et NARIBARISHE
YE KOMORI, leur poids politique ne leur permet pas encore de jouer les premiers
rôles. D’un autre coté force est de constater que malgré quelques velléités
dans certains villages où USHE a engagé des mobilisations populaires, la
tendance principale fut au réformisme, des propositions de colmatage comme s’il
s’agissait de sauver le système, et non de surfer sur la vague pour propulser
le processus d’émergence du camp populaire. Les périodes de lutte sont propices
à l’élévation du niveau de conscience des éléments les plus dynamiques.
Résultat des courses, aucune perspective de changement n’a
pris forme, le pouvoir s’en est sorti sans trop de mal. Il n’en reste pas moins
que malgré la forte répression ayant même provoqué l’assassinat de deux jeunes de
Page à Ndzuwani, preuve est faite que le pays est capable de mobilisation
active, il appartient dès lors aux dirigeants des forces antisystèmes de
tourner le dos aux égos surdimensionnés, tirer des enseignements et s’unifier dans
le processus de construction d’une puissante force capable de changer les bases
du pays. Un défi qui les interpelle.
Idriss (01/07/2026)
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