Les Comores ont connu bien d’ambassadeurs de France, mais cette fois-ci cela tourne à la farce. Fini les ingérences grossières derrière un rideau diplomatique. Le nouvel ambassadeur de France, Chapon, passe à un autre niveau. Il est partout. Il s’invite dans les familles et dans les places publiques, il prend part aux mariages coutumiers, il effectue des visites dans les villages et les institutions.
Les pages des réseaux sociaux de l’ambassade de France à
Moroni (FaceBook, le réseau X et Instagram) l’illustrent parfaitement. Des
médias comoriens en rajoutent. Ils font écho à ses faits et gestes, ils en font
des événements de premier plan, chantent tels des griots, les exploits d’un
ambassadeur proclamé proche du peuple comorien.
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Son excellence circule à Moroni en vélo ! c’est
l’extase. Du jamais vu ici et ailleurs aussi. Ces journalistes oublient un
détail : un ambassadeur n’est pas un quidam. C’est une personnalité de
premier rang qui respecte la hauteur et la dignité de ses fonctions de
représentation d’un Etat
·
Son excellence prononce quelques mots en
shiKomori lors de la célébration du 14 juillet. Une grosse ficelle démagogique
qui a ravi les chantres de l’ambassadeur. Macron l’avait essayé à Maore sans
succès malgré un holà bruyant
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Son excellence visite une structure de l’Etat,
on a alors droit à des reportages dithyrambiques
L’édito de Comores Infos sur le refus du visa opposé à
Mzimba
Il s’inscrit incontestablement dans ce contexte. La
stratégie d’influence de l’ambassadeur ? Le refus du visa à Mzimba constitue-t-il
un événement majeur au point de donner lieu à un éditorial ? Bien sûr
Comores Info opère ses choix, mais les lecteurs ont besoin de comprendre. Bien
sûr Maître Mzimba est une personnalité politique, mais tout de même. Il n’y a
pas si longtemps, la France avait privé de visa les officiels comoriens, y
compris le président du pays. Cette « punition » fut même étendu à
tous les Comoriens. Alors refuser à Mzimba un visa apparaît comme un non-événement !
Autre observation, répondant à Maitre Milza, Comores Info
assure ne pas connaître le motif administratif de ce refus. Pourquoi alors le
lier aux nouvelles prises de position de Mzimba sur les relations Comores France ?
Sur quoi donc repose la fermeté et la cohérence de l’ambassade de France ?
Est-il si utile de chanter la fermeté et la cohérence de l’ambassade de France en
matière de délivrance de visa, elle qui n’a pas hésité avait privé de visa tout
le pays !
A se demander si finalement l’objectif de l’édito ne serait
pas un avertissement : critiquer la France expose à des sanctions qui
iront jusqu’au visa d’entrer dans le « paradis sur terre ».
Comores Infos semble se défendre en cherchant à déplacer les
problèmes posés par son édito vers la critique d’un personnel politique
corrompu, traître, etc. Une stigmatisation nécessaire et utile qui apporte une
contribution inestimable à l’assainissement des mœurs épouvantables qui ruinent
le pays. Mais cela devrait pouvoir se faire sans louer l’ambassade de France et
ses chantages sur le visa.
Enfin, peut-on penser que Comores ne fait pas la différence
entre les relations entre Etats de celles entre peuples. Pendant que les
dirigeants français malmènent notre pays, des Français de l’hexagone, qui
aiment leur pays, s’élèvent avec fermeté et constance contre la politique
coloniale française aux Comores et ailleurs. Si le droit humanitaire était
respecté, Mzimba qui a des enfants franco-comoriens vivant en France, devrait
avoir le droit d’aller voir ses enfants. Mais entre les proclamations du
prétendu « pays des droits de l’Homme » et la réalité il y a un fossé
énorme que chacun peut éprouver.
Des influenceurs comoriens au service de la France
Aveuglés par leurs préjugés sur les Africains perçus comme
des gros naïfs, incapables de penser par eux-mêmes, manipulables à volonté, les
dirigeants français ne comprennent pas que le rejet de la France plonge ses
racines dans l’histoire coloniale, dans la persistance de l’exploitation
éhontée des richesses naturelles et humaines, dans le mépris, dans les rapports
inégaux, dans les ingérences grossières, dans les doubles standards, dans des
blessures qui saignent encore.
Ils préfèrent invoquer un “sentiment antifrançais”, artificiellement
amplifié par la Russie, afin d’éviter un examen de conscience sur leur
politique coloniale de la France.
La riposte française porte donc uniquement sur la
propagande, reconquérir le terrain narratif en s’implantant dans les médias
locaux et en s’appuyant sur des relais d’influence choisis pour relayer son
discours.
Mme Anne-Sophie Avé, ambassadrice pour la diplomatie
publique en Afrique a systématisé cette orientation lors d’une audition dans
une commission au Sénat français (voir https://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20240429/ce_influences.html). On peut la resumer
ainsi : faire porter la voix de la France par des acteurs
locaux, éditorialistes, influenceurs, chroniqueurs ou responsables de médias,
afin de donner à son discours une apparence endogène et crédible. Elle l’a
exprimé nettement : si quelqu’un critique la France, la réponse doit venir
d’un local et non d’un Français.
Malgré sa fébrilité apparente, l’ambassadeur Chapon a obtenu
des résultats tangibles. Des médias et des
intellectuels influents ont rejoint sa ligne, dénoncent les stratégies
impérialistes russes et chinoises et défendent l’idée d’une proximité utile
avec la France que nous connaissons si bien.
Mais comment imaginer une proximité entre l’Etat comorien et
l’Etat français quand ce dernier dépèce le pays ? Quel intérêt peut passer
devant la mort ou la disparition de plusieurs dizaines de milliers de Comoriens
dans le bras de mer entre Ndzuwani et Maore ? C’est demander aux victimes
de bénir le crime et d’appeler “partenariat” ce qui reste une domination flagrante.
Malheureusement L’État comorien porte aussi sa part de
responsabilité dans cette dérive : à force de laisser faire, d’accepter
l’inacceptable et de se soumettre sans riposte digne de ce nom. En fait le
pouvoir accompagne sa propre mise sous tutelle. Le visa Balladur, ses morts, la
souveraineté bafouée exigent une réaction ferme, une résistance claire, une
dignité sans calcul politicien.
La société dite civile comorienne, la seule qui jusqu’ici
mène le combat pour le retour de Maore devrait revoir ses méthodes d’action. La
dispersion en une multitude de comités affaiblit la cause, dilue le message et
réduit l’impact national et international d’une revendication qui exige au
contraire une voix unique, lisible et puissante. Il faudrait sortir de la
logique des chapelles et bâtir un mouvement unitaire, fondé sur des bases
nationales solides, capable de mobiliser bien au-delà des cercles militants
habituels et d’imposer enfin la question de Mayotte comme une cause nationale à
l’ensemble des acteurs étatiques et autres.
Idriss (25/07/2026)
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