Un média en ligne, en l’occurrence Comores Infos, a
récemment affirmé dans une vidéo de son éditorialiste, que l’État comorien, directement ou via des sociétés
publiques, aurait détourné environ 70 milliards de francs comoriens. Près de 4% du budget de l’État pour 2026, estimé à 1 777
milliards de francs, volatilisé. Une accusation gravissime !
Cette accusation peut-elle rester sans réponse
70 milliards de francs, ce n’est pas une somme anodine. Dans
un pays où chaque franc compte pour les services publics, la santé, l’éducation
ou les infrastructures, une telle allégation touche au cœur de la confiance
entre l’État et les citoyens.
Si l’information est exacte, il s’agit d’un véritable
scandale d’État. Si elle est fausse ou exagérée, elle constitue une atteinte
grave à la réputation des institutions et de leurs dirigeants. Dans les deux
cas, le silence n’est pas une option.
Le pouvoir exécutif : mutisme et absence de démenti
À ce jour, aucune communication officielle n’est venue ni
confirmer, ni infirmer, ni même commenter cette accusation. Les proches du
pouvoir, dont des figures comme Belo, directeur de cabinet de la présidence et
numéro 1 du parti présidentiel, ou Houmed Msaidié, conseiller politique hyperactif du président n'ont pipé mot.
Or, en démocratie, qui ne dit rien consent. L’absence de
réaction peut être interprétée de plusieurs façons :
- Soit
l’accusation est jugée infondée et l’on compte sur l’oubli.
- Soit
elle est embarrassante et l’on espère qu’elle s’éteigne d’elle-même.
- Soit,
plus grave encore, elle contient une part de vérité que l’on ne veut pas
voir éclater.
Dans tous les cas, ce mutisme nourrit la défiance et
alimente les rumeurs. Corruption endémique !?
La justice comorienne : où est le procureur ?
70 milliards de francs de deniers publics détournés
devraient normalement déclencher une réaction immédiate du parquet. Pourtant,
aucun signe ne filtre d’une enquête ouverte, d’une audition programmée, ou même
d’un simple communiqué du procureur de la République.
Dans d’autres pays africains, des affaires de détournement
bien moins importantes ont provoqué des vagues d’arrestations, des commissions
d’enquête parlementaire et des débats nationaux.
Ici, rien. Comme si 70 milliards n’étaient qu’une broutille.
Le silence comme aveu ?
En droit comme en politique, le silence n’est pas neutre.
Quand une accusation aussi grave est lancée et qu’aucune autorité ne réagit,
les citoyens sont en droit de se poser des questions :
- Qui
a intérêt à ce que cette affaire ne sorte pas ?
- Qui
contrôle les médias, la justice, et les organes de contrôle ?
- Pourquoi
70 milliards ne méritent ils pas un mot, une enquête, une commission ?
« Qui ne dit rien consent » n’est pas qu’une formule. C’est
un principe de responsabilité. Et quand ce silence vient de l’État lui-même, il
devient un scandale dans le scandale.
Conclusion : la parole doit revenir aux institutions
Face à une accusation de cette gravité, trois voies
s’imposent :
- Transparence :
publier les comptes, ouvrir les audits, rendre accessibles les rapports de
contrôle.
- Justice :
saisir le parquet, ouvrir une enquête indépendante, auditionner les
responsables.
- Débat
public : permettre à la presse, à la société civile et aux
citoyens de poser des questions et d’obtenir des réponses.
70 milliards de francs, ce n’est pas qu’un chiffre. Et tant
que le silence persistera, les Comoriens seront en droit de considérer que ce
silence confirme les accusations de corruption érigée en mode de gouvernance.
Idriss (08/09/2026)
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