Accéder au contenu principal

60 ans de FMI - BM

Juin 1944, 44 pays se rassemblent dans une petite ville des USA pour affirment-ils tenter d'ouvrir au monde des perspectives de développement. Les échanges portèrent l'empreinte de deux événements :
1. Le crash financier de 1929 hantait les esprits. L'idée que le marché pouvait conduire au désastre s'imposa et conduisit au triomphe des théories économiques de Keynes portant sur la nécessité de contrôler le marché et de faire jouer à l'Etat un rôle régulateur.
2. La seconde guerre mondiale avait ravagé l'Europe et le Tiers Monde émergeait. Un effort particulier s'imposait pour promouvoir le développement.
Il y avait aussi bien sûr la volonté de la superpuissance américaine de consolider sa zone d'influence et de favoriser l'expansion de ses entreprises.
Telle est ramassée, la genèse du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque Mondiale (BM). Le FMI devait assurer l'action collective des pays pour assurer la stabilité économique mondiale en contrant les dérives d'un marché livré à lui-même et en veillant à ce que les pays ne vivent pas au-dessus de leurs moyens, la fameuse équilibre macroéconomique. Pour sa part la BM devait éradiquer la pauvreté en finançant le développement.
Juin 2004, les fameuses institutions de Bretton Woods atteignent l'âge honorable de 60 ans.
Comment comprendre que l'évènement soit passé quasiment inaperçu, les institutions internationales sont si friandes de messes internationales durant lesquelles les proclamations de belles intentions créent le mirage d'une terre devenue "village planétaire" ! A croire que nos honorables institutions n'aient pas voulu présenter leur bilan au monde.
Il est en tout cas nécessaire pour tout un chacun de se forger sa propre opinion sur les Institutions de Bretton-Woods. Il s'agit d'un devoir citoyen car personne aujourd'hui ne peut ignorer que ce sont ces institutions qui décident au fond des stratégies de développement du Tiers Monde. Qui peut ignorer le fameux PROGRAMME D'AJUSTEMENT STRUCTUREL (PAS), remède magique universel appliqué à tous les pays dits en développement (PED)? Comment ne pas être frappé par le branle-bas de nos administrations quand débarque une délégation du FMI – BM, ce qui n'est pas sans rappeler l'attitude des subalternes soumis à supervision par un chef. L'on doit néanmoins reconnaître que sous un certain angle, les pays du Tiers Monde confrontés à d'innombrables difficultés économiques, croulant sous les dettes, n'ont pas le choix. Pour accéder aux crédits, ils doivent plier aux injonctions internationales et appliquer les prescriptions programmatiques du FMI – BM. A y regarder de plus près ces deux institutions portent une responsabilité écrasante sur l'état actuel des PED. Un état catastrophique vécu douloureusement par des centaines de millions d'hommes du vaste Tiers Monde.
La BM peut arborer la devise "UN MONDE SANS PAUVRETE", son action par contre a favorisé et continue de favoriser l'accroissement de la pauvreté. Selon ses propres chiffres
[1], le nombre de personnes vivant avec moins d'un dollar US par jour (seuil officiel de pauvreté absolu) a, de 1998 à 2002, augmenté en Afrique noire de 74 millions et en Amérique Latine de 9 millions.
Palme donc à l'Afrique subsaharienne, là où les PAS sont généralisés. Stiglitz, Prix Nobel d'économie, ancien Vice-Président de la BM parlant de l'Afrique souligne à juste titre "le continent s'enfonce dans la misère, les revenus s'effondrent, le niveau de vie baisse. Les progrès de l'espérance de vie durement gagnés au cours des dernières décennies ont commencé à s'inverser"
[2]
Il est généralement admis que le fossé entre le Nord opulent et le Sud dépenaillé continue à se creuser. Un phénomène qui s'amplifie avec l'inversion des flux financiers au profit du Nord. Curieusement c'est le Sud qui finance le Nord. Entre 1998 et 2002,[3] le Nord a prêté au Sud 705 milliards de dollars US tandis que le Sud a remboursé au Nord 922 milliards de dollars US, soit une balance favorable au Nord d'un montant de 217 milliards de dollars US, une bagatelle ! Il faut bien payer ses dettes me direz-vous mais lorsque l'on sait qu'en Afrique : pour 1 dollar emprunté, 75 à 80 cents remontent au Nord, pire encore pour un dollar emprunté en 1980, 4 dollars ont déjà été remboursés en 2002 et il reste encore 4 dollars à rembourser, un "reste-à-payer" qui inévitablement fera des petits, on ne peut qu'être indigné.
Autre indice de la dégradation croissante de la situation des PED, l'évolution de leurs dettes. Entre 1970 et 2002, la dette extérieure des PED a été multipliée par 35, elles se montent aujourd'hui à 2 400 milliards de dollars
[4]US et rien n'indique un renversement des tendances, c'est tout le contraire.
Force est donc de remettre en cause les bases fondamentales des "solutions" préconisées par le couple infernal FMI - BM.
Jusqu'au déclenchement de la crise de la dette en 1982, les experts du FMI – BM ont poussé les PED à emprunter massivement. Pour les "mauvaises langues" il s'agissait de placer les surplus
[5] des capitaux du Nord et en même temps ouvrir des débouchés aux produits du Nord. L'objectif avoué était de créer des industries au Sud, de moderniser l'agriculture d'exportation afin d'augmenter les revenus des PED qui alors connaîtraient la croissance et pourraient payer leurs dettes. Scénario démenti par les faits. En réalité on a "modernisé" le pillage des matières premières des PED, on a poussé les PED à produire en masse les mêmes produits de rente avec pour résultat plus de matières premières et de produits de rente sur le marché international donc baisse des prix, détérioration continue des termes de l'échange, concurrence acharnée entre les PED, etc. Il s'en est suivi l'appauvrissement continue des PED d'où l'impossibilité de payer les dettes. La fameuse crise de la dette en découle tout naturellement.
La crise de la dette ayant éclaté, les experts du FMI – BM ont réussi la prouesse de "masquer" leurs responsabilités écrasantes (mauvaise politique économique, collusion manifeste avec des pilleurs de deniers publics, etc.) rejetant tout sur les gouvernements des PED. Ils avaient même poussé leur talent jusqu'à faire croire que leurs cadres africains, formés à leur école, seraient les meilleurs gouvernants possibles des PED, et l'on a vu certains bombardés Premier Ministre voire Chef d'Etat, etc. Expériences qui ont tourné court. La véritable réponse du FMI – BM à la crise de la dette fut le PAS.
Quelles sont donc les grandes lignes des PAS ?
► Austérité budgétaire : déflation de la fonction publique, réduction des budgets sociaux, santé et éducation en particulier, diminution des investissements publics, etc.
► Privatisation des entreprises publiques : les secteurs les plus rentables sont livrés aux détenteurs internationaux de capitaux tandis que les secteurs déficitaires sont laissés dans les mains de l'Etat
► Réduction à défaut de suppression des barrières douanières
► Introduction ou augmentation des impôts les plus injustes, ceux qui comme la TVA, frappent également riches et pauvres
► Libéralisation des prix, du mouvement des capitaux, dévaluation, etc.
► Et tout cela agrémenté d'une poudre aux yeux "la bonne gouvernance"
Présenté dans leur réalité intrinsèque, on a du mal à comprendre que des pays se soient laissés prendre. L'explication ne peut se trouver que dans le rapport des forces et la perpétuation de la domination impérialiste.
Que vise le PAS ? Accorder des nouveaux emprunts pour payer les dettes et stimuler les importations. On se retrouve sur la même ligne de départ : accroissement des dettes des PED, débouchés pour les produits du Nord. Le changement vient de l'emprise des experts sur les PED. Ceux qui sont à l'origine de la crise de la dette, loin d'être désavoués, gagnent en force et poursuivent leur politique quasi criminelle. La signature d'un PAS commence par des négociations serrées qui réduisent les marges de manœuvre des PED. Ces derniers doivent donner des signes tangibles de docilité avant de se voir administré le remède miracle qui a pour nom PAS.
Après plus de vingt ans de PAS que constate-t-on ? Le FMI – BM sont incapables de citer un seul pays du Tiers Monde qui s'en est sorti en suivant les prescriptions ! Par contre les faillites retentissantes des "bons élèves" du FMI – BM sont légion. Les pays dits émergents sont ceux qui ont refusé les prescriptions du FMI – BM. L'Afrique sinistrée, réduite à la portion congrue témoigne des méfaits de la voie préconisée par le coupe infernal FMI – BM. L'échec est patent et flagrant.
On comprend alors que des voix s'élèvent pour dénoncer les forfaitures. Et quelles voix, il ne s'agit pas d'extrémistes gauchistes, non. Des hommes de bonne foi, parfois passés par ces institutions qui s'insurgent et qui parlent de crimes contre les PED et l'humanité. Des nombreuses personnalité du sérail qui croient encore en la mondialisation libérale et qui dénoncent les "promesses non tenues". "Depuis sa naissance le FMI a beaucoup changé. On l'a créé parce qu'on estimait que les marchés fonctionnaient souvent mal et le voici devenu le champion fanatique de l'hégémonisme du marché. On l'a fondé parce qu'on jugeait nécessaire d'exercer sur les Etats une pression internationale pour les amener des politiques économiques expansionnistes (augmentation des dépenses publiques, baisse des taux d'intérêt) pour stimuler l'économie et voici qu'aujourd'hui, en règle générale il ne leur fournit des fonds que s'ils mènent des politiques d'austérité".
Dans son réquisitoire contre le FMI - BM Stiglitz poursuit "on prétend aider les pays en développement alors qu'on les force à ouvrir leurs marchés aux produits des pays industriels avancés qui eux-mêmes continuent à protéger leurs propres marchés. Ces politiques sont de nature à rendre les riches encore plus riches et les pauvres encore plus pauvres.." N'est ce pas ce qui se passe ?
L'analyse approfondie des orientations et pratiques des experts du FMI – BM a conduit Stiglitz à opposer le fait que la "quasi-totalité des activités du FMI - BM s'exerce aujourd'hui dans le monde en développement " alors que les dirigeants de ces institutions sont originaires du monde développé, "un européen à la tête du FMI et un américain à la BM, une coutume ou un accord tacite" et l'on n'exige pas aux élus "la moindre expérience préalable du monde en développement". Indigné, Stiglitz accuse ces experts d'avoir gardé une "mentalité colonialiste" : ils débarquent dans nos pays "avec la certitude" de savoir " mieux que nous ce qui est bon pour nous ! Et il sait de quoi il parle car il rapporte des expériences prometteuses, en Ethiopie notamment, qui ont échoué à cause de l'obstruction arrogante des "je-sais-tout" du FMI – BM.
Par ailleurs, Stiglitz note que les hauts fonctionnaires du FMI – BM proviennent des milieux financiers, de là à ce qu'ils servent leur milieu d'origine vers lequel la plupart compte revenir, il n'y a qu'un pas naturel.
Stiglitz n'est pas seul, les articles, les essais mettant en cause les honorables Institutions de Bretton Woods se multiplient. On rapporte que même des institutions du Congrès américain s'interrogent sur le devenir des institutions de Bretton Woods.
Se trouvant sur la sellette, les experts du FMI – BM soutenus par le G8
[6] ont inventé en 1996 un nouveau subterfuge : l'initiative PPTE (Pays Pauvre Très Endettés). Il s'agirait d'annuler la dette des 42 pays les plus pauvres. Mais comme d'habitude il y a des conditions ! Au lieu du PAS, il est question de DSRP (Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté) élaboré bien sûr sous la supervision des experts du FMI – BM, ce DSRP fixe les prescriptions du FMI – BM et la manière de les appliquer. Nos experts internationaux affirment que l'aide doit parvenir aux destinataires[7], parlent de micro projets sur les domaines sociaux, de collaboration avec des ONG (Organisation Non Gouvernementale) et la société civile, etc.
Une campagne médiatique bien orchestrée présente l'initiative PPTE comme une grande découverte et une issue salutaire à la crise. Et voilà nos pays entonnant le refrain PPTE, DSRP; durant des mois et des mois des sommes folles sont englouties dans des séminaires, ateliers, consultations nationales et internationales pour élaborer le DSRP.
Plus de six ans après que constate-t-on ? Pratiquement rien. Nombre de pays africains se sont dotés de DSRP mais la dette est toujours là et les pressions pour payer de plus en plus forte. Eric Toussaint note que de 1996 à 2000, les sommes engagées dans l'initiative PPTE sont inférieures au salaire annuel des 2300 fonctionnaires du FMI ? Que la BM continue à engranger un bénéfice annuel de 1,5 milliards de dollars US.
Au total le bilan ressort comme calamiteux pour les PED et mirifique pour la "Triade" : USA – Union Européenne – Japon. Si la Triade doit féliciter ses institutions, les PED devraient en toute logique commencer à ouvrir les yeux, surtout l'Afrique, si décriée, considérée comme moins que rien dans les échanges internationaux et qui pèse si peu dans les règlements des grandes questions mondiales.
C'est tout le contraire qui se produit. Ainsi notre pays ne profite pas de son retard pour tirer les enseignements des autres pays frères et éviter le piège du DSRP – PPTE. Aveugles et fiers de l'être les spécialistes en économie et en finance du gouvernement ont engagé depuis près d'un an le pays dans la voie PPTE. Dans le sillage, les autorités de Ngazidja ont même organisé un séminaire régional sur le DSRP dont on attend les résultats. Un euphémisme de souligner dans ces conditions que les horizons s'assombrissent.
Et pourtant nos pays africains ne sont pas damnés. Pour les Comores il est possible d'esquisser des pistes alternatives, crédibles, adaptées à un petit pays insulaire dans le contexte de la globalisation forcenée. Nous avons planté un décor avec l'espoir qu'il pourrait être exploité en approfondissant le bilan des 60 ans de FMI – BM et en analysant au plus près le cas de notre pays.
Idriss (11/11/2004)
[1] World Development Indicators, édition 2002
[2] Stiglitz, "LA GRANDE DESILLUSION" édition 2002
[3] Eric Toussaint la finance contre les peuples
[4] Eric Toussaint Op cit
[5] l'analyse des flux financiers souligne la croissance des prêts des banques par rapport à l'Aide Publique au Développement
[6] 8 pays les plus riches du globe, une sorte de gouvernement mondial !?
[7] Reconnaissance implicite de la problématique de la destination de l'aide qu'ils distillaient

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

MAORE : OFFENSIVES ANTI COMORIENNES DE LA FRANCE

Après le désastre provoqué par le cyclone Chido, tout le monde attendait de la France, la puissance occupante un plan de reconstruction de Maore. Que nenni. Trois mois après le désastre, le gouvernement français gesticule, fait du bruit sans parvenir à rétablir la situation des plus démunis. L’approvisionnement en nourriture, eau, électricité ne couvre pas tous les besoins, tant s’en faut. Au lieu de chercher des solutions provisoires pour loger les sans-abris, les autorités françaises ont interdit la vente de tôles utilisées pour la construction d’habitat de fortune sans pour autant proposer des alternatives comme les logements provisoires sous des tentes comme cela est d’usage après les catastrophes naturelles. Non, la France traite les Maorais en mendiants dans le cadre de son assistanat et tente de les enfumer en indexant les « clandestins », bouc émissaire de prédilection. Une tactique payante en vogue depuis toujours. Mais le gouvernement français est allé encore p...

Quel avenir du Monde ?

 La 79° AG de l’ONU s’est ouverte mardi 10 septembre sous le thème : « l’unité dans la diversité, pour l’avancement de la paix, du développement durable et de la dignité humaine partout et pour tous ». Les dirigeants des 193 états membres vont donc se rendre à New York pour y prononcer des discours, des heures et des heures durant lesquelles on va rivaliser de joutes oratoires lénifiantes sur les crises qui tenaillent le monde et les problèmes particuliers de chaque pays. Des formalités qui coûtent chères au regard des sommes folles englouties dans des frais onéreux en déplacements, perdiem, etc. Un poids lourd sur les budgets de pays pauvres comme les Comores. Cette 79° AG pourra-t-elle se hisser à la hauteur des défis ? Difficile de le croire ! On se contentera de généralités. On n’osera pas dénoncer et sanctionner les USA en tant que parrain du massacre des Palestiniens. On n’osera pas dénoncer ceux qui ont dépecé le Soudan et qui sont à la manœu...

79° AG DE L’ONU : L’HUMANITE DANS LA DETRESSE

  Un génocide en direct et l’ONU peine à en parler ! Et ce n’est pas le boycott par quelques délégations, du discours de Netanyahou, le premier ministre suprémaciste israélien, qui en change la donne. Les instances internationales spécialisées comme la Cour Pénale Internationale, la Cour Internationale de Justice, les organisations de défense du droit humanitaire international, sont contraintes d’utiliser des euphémismes. Ce qui ne les préserve pas de pressions insupportables, voire d’attaques haineuses inimaginables des soutiens inconditionnels du sionisme israélien. Pire encore, si d’aventure il y aurait pire encore, Israël étend son champ d’action : de Gaza et Cisjordanie, le territoire palestinien, au Liban et à la Syrie. Le déluge des bombes ne lui suffisant pas, Tsahal se lance dans une invasion terrestre au Sud Liban. Cet aventurisme guerrier se généralisera-t-il jusqu’à l’Iran ? Tout le laisse croire. Au total, les simples humains assistent impuissants ...